REVUE DE L’ASSURANCE N°44

L’Algérie se projette dans l’avenir. Dans le cadre de cette relance économique, sont à citer, entre autres projets phares, sur l’ensemble de 26 projets programmés, la mine de fer de Gara Djebilet (Tindouf), l’une des plus grandes à l’échelle mondiale avec des réserves estimées à près de 3,5 milliards de tonnes de minerai de Fer, entrée en exploitation en juillet 2022, celui de zinc-plomb d’Amizour à Béjaia dont l’entrée en exploitation est proche, la mine de phosphate de Bled El Hadba, près de Bir El Ater, à Tébessa et la réalisation du port Centre d’El Hamdania à Cherchell.

Ainsi, le secteur des mines connait une véritable dynamique. Le potentiel dont regorge le sous-sol algérien, en matières premières et ressources minérales, phosphate, fer, zinc, cuivre…est valorisé et ce, à travers des projets extrêmement porteurs et lourds et qui engagent plusieurs secteurs.

« L’extraction de la matière brute qui rentre dans l’industrie et l’agriculture, permet de renforcer la production nationale à long terme et de consolider nos exportations, dans un moyen terme », estime le Professeur Himrane Mohamed, chercheur au CREAD, expert en économie et finances, contacté par la Revue de L’ASSURANCE.

Pour impulser cette nouvelle dynamique à l’économie, le choix s’impose, donc, sur l’exploitation de la mine de fer de Gara Djebilet, au vu de son envergure. Un géant minier, avec des milliards de tonnes de minerai de fer qui y sommeillent. Ce qui lui vaut une place prépondérante dans l’échiquier minier national.

Ce projet, d’un investissement préliminaire de 2 milliards de dollars, avec des investissements, notamment d’installation, sur une dizaine d’années autour de 1,5 milliard par an, couvrira les besoins de la sidérurgie en matière première, soit 12 millions de tonnes, alors que l’excédent sera dirigé à l’exportation. De ce fait, deux options rentables s’offrent au pays : transformer localement en acier à forte valeur ajoutée et l’exportation à l’état brut de ce minerai.

Nul doute que la maitrise du fer et de l’acier est synonyme de maitrise de l’industrie. Deux à trois millions de tonnes de minerai de fer/an seront extraites, jusqu’en 2025, pour atteindre une capacité de 50 millions de tonnes/an, en 2026, notamment avec l’usine de traitement du minerai de fer, lancée en novembre 2023.

Les infrastructures connexes nécessaires, pour conforter ce gisement opérationnel, depuis 2022, sont déjà disponibles pour certaines et/ou programmées pour d’autres. C’est le cas du tracé de chemin de fer Gara Djebilet-Tindouf-Béchar qui s’étire sur 950 km, et sur un total d’un millier et demi de kilo- mètres jusqu’à Oran, voie ferrée destinée à acheminer le minerai de fer vers les sites de transformation, d’exploitation, les ports et les marchés internationaux. Aussi, un complexe sidérurgique à Béchar, avec un investissement de 1 milliard de dollars, sera quant à lui réceptionné, en 2026.

Fruit d’un partenariat algéro-chinois, supervisé par l’entre- prise nationale de fer et d’acier FERAAL, le projet de Gara Djebilet permettra, outre de soutenir la métallurgie et une autosuffisance en fer, de générer de l’emploi et le développe- ment local du sud-ouest du pays.

Un important gisement de plomb et de zinc, sis à Tala Hamza, dans la commune d’Amizour est exploité, depuis novembre 2023. L’une des plus grandes réserves mondiales, estimées à 68,6 millions de tonnes de zinc, soit « plus d’un tiers des réserves mondiales », selon l’US.Geogical Survey Minerals.

Le gisement de Gara Djebilet n’est pas le seul projet pertinent mis en œuvre pour renforcer l’industrie minière du pays. Il s’agit d’une véritable nouvelle ère économique en marche. Plus au Nord, à Béjaia, un important gisement de plomb et de zinc, sis à Tala Hamza, dans la commune d’Amizour est exploité, depuis novembre 2023. L’une des plus grandes ré- serves mondiales, estimées à 68,6 millions de tonnes de zinc, soit « plus d’un tiers des réserves mondiales », selon l’US. Geogical Survey Minerals.

Ce nouveau complexe minier est réalisé sur la base d’un partenariat algéro-australien WMZ (Western Mediterranean Zinc SPA), pour un coût de 471 millions de dollars et dont la pose de la première pierre remonte à novembre 2023. Il entrera en exploitation, en 2026.

Ce trésor géologique renferme une réserve de 34 millions de tonnes de minéraux brut dont 170 000 tonnes de concentré de zinc et 30.000 tonnes de concentré de plomb. La mise en chantier de cette mine qui se classe parmi les 5 plus grandes mines au monde, selon des experts, constitue une opportunité pour le pays pour avoir de nouvelles sources de devises, dans un contexte mondial marqué par une production au ralenti. Un véritable Eldorado.

Ce gisement qui totalise 2 milliards de tonnes de ré- serves, produira annuelle- ment 6 millions de tonnes. Ce projet algéro-chinois de 7 milliards de dollars d permet- tra à l’Algérie de se positionner parmi les plus grands et principaux producteurs et exportateurs d’engrais phosphatés dans le monde.

Ce port de transbordement disposera de 23 quais d’une capacité de traitement de 6,5 millions de conteneurs et de 25,7 mil- lions de tonnes par an de marchandises, deviendra « le deuxième port en Afrique et l’un des plus grands ports de la région Méditerranée », selon des experts.

Dotée d’une enveloppe de 4 milliards de dollars, financée par le FNI (Fonds national d’investissement) et la banque d’import-export de Chine (Chinese Exim Bank), la réalisation de cette gigantesque infrastructure portuaire est confiée au consortium algéro-chinois.

À l’heure où tous les clignotants sont au vert, un autre projet substantiel, celui du complexe intégré d’exploitation et de transformation de phosphate de Bir El Ater, à Tébessa, qui s’étend sur quatre wilayas de l’est du pays (Souk Ahras, El Taref, Skikda et Annaba), incluant transformation chimique du phosphate et production des engrais, progresse significativement.

Ce gisement qui totalise 2 milliards de tonnes de réserves, produira annuellement 6 millions de tonnes. Ce projet algéro- chinois de 7 milliards de dollars dans le cadre d’une joint-venture à majorité algérienne entre les sociétés algériennes Asmidal et Manal et un consortium chinois (Algerian-Chinese Fertilizer Compagny), permettra à l’Algérie de se positionner parmi les plus grands et principaux producteurs et exporta- teurs d’engrais phosphatés dans le monde. La Chine est le premier producteur, exportateur et consommateur mondial d’engrais.

L’extension du port d’Annaba -la construction d’un quai minéralier-, confiée, en février 2024, au chinois CHEC à la tête du consortium qui compte Cosider-Tp, Meditram et l’Agence nationale de réalisation des infrastructures portuaires (maître d’ouvrage) – devrait permettre l’exportation du phosphate, vers les marchés mondiaux.

Une ville littorale constitue une fenêtre maritime sur le reste du monde. La réalisation du port Centre d’El-Hamdania, à Cherchell, dans la wilaya de Tipasa, épouse cette logique, en favorisant le développement du commerce intérieur et pouvant répondre aux sollicitations externes. Un projet structurant porteur de croissance dont l’objectif est de relier l’Afrique à l’Asie, y compris en passant par l’Europe. Un projet mutuellement profitable et stratégique, pour les parties algérienne et chinoise.

Ce projet portuaire très important pour l’économie nationale et le commerce extérieur, a été également confié au partenaire chinois. Ce port en eau profonde devrait permettre l’accostage des navires de grand tonnage. Un avantage non négligeable pour le trafic maritime de l’Algérie, mais aussi au niveau régional. Ce port commercial et industriel figure en effet, parmi les plus importantes infrastructures maritimes, en Afrique et en Méditerranée, selon sa fiche technique. Cette localisation peut créer, ainsi, une percée dans l’économie maritime.

Avec une profondeur de 20 mètres, identique aux ports mari- times internationaux majeurs, permettant d’accommoder des navires de commerce massifs, ce port à tirant d’eau, peut constituer une plaque tournante du transport de marchandises au niveau régional, faisant de l’Algérie un pôle de transit maritime international. Ce port de transbordement disposera de 23 quais d’une capacité de traitement de 6,5 millions de conteneurs et de 25,7 millions de tonnes par an de marchandises, deviendra « le deuxième port en Afrique et l’un des plus grands ports de la région Méditerranée », selon des experts. Dotée d’une enveloppe de 4 milliards de dollars, financée par le FNI (Fonds national d’investissement) et la banque d’import-export de Chine (Chinese Exim Bank), la réalisation de cette gigantesque infrastructure portuaire est confiée au consortium algéro-chinois, composé des groupes chinois CS- CEC et CHEC (China Harbour Engeneering company) de re- nom, au savoir avéré en matière de réalisation d’infrastructures et de gestion future du port, ainsi que les entreprises nationales : Cosider, Meditram et la Société nationale des travaux publics (SNTP).

L’industrie automobile n’est pas en reste, des projets sont en cours. Plusieurs constructeurs automobiles ont manifesté un intérêt particulier pour le marché algérien notamment l’entrée en lice du constructeur chinois, avec l’installation de la première usine de montage de la marque Chery à Bordj Bou-Ar-réridj, celle de batteries en lithium, la marque JAC qui s’apprête à s’implanter à Oran et Aïn Témouchent. L’usine de la marque italienne Fiat à Oran constitue, quant à elle, une étape importante, comme point de départ pour jeter les bases d’une véritable industrie « aux normes d’intégration et valeur ajoutée. »

Il est clair que les contours d’un avenir de diversification de l’économie, du développement local et régional prennent forme. Un objectif à portée de main.

Par ailleurs, les risques sont inhérents à toute activité. Mais, la problématique, dans le cas de ces projets d’envergure, concerne plutôt la maitrise de ce type de risques majeurs et leur estimation.

Ainsi, l’accompagnement par des assureurs et des réassureurs de ces mégaprojets, d’un point de vue règlementaire, « ne suffit pas » car, « il faut une réassurance auprès de la Compagnie centrale de réassurance (CCR) qui, généralement, autorise le transfert d’une partie de risques à des réassureurs étrangers, pour garantir une meilleure division des risques », comme l’explique l’expert M. Himrane Mohamed. En effet, en termes de couverture assurantielle de ces grands projets, comme le niveau de « risque est élevé », les maitres d’ouvrages « doivent souscrire une assurance contre les effets des catastrophes naturelles qui peuvent survenir, ainsi que contre tous les risques du chantier (Assurance de dommages) », précise-t-il.

Selon M. Himrane, le recours à la réassurance, dans le cas de ces grands projets, est, donc, indispensable, car, souligne-t-il, « nous ne disposons pas d’une expérience parfaite et suffi- sante concernant l’assurance de ce genre de projets. » Cette contrainte « nous empêche de quantifier, de mesurer et d’évaluer le niveau du risque. D’autre part, nous disposons seulement d’une seule compagnie de réassurance (CCR) », précise l’expert Himrane.

En effet, les réassureurs internationaux ont une « expérience avérée dans l’assurance des catastrophes naturelles (inondations, tremblement de terre, glissement de terrain…). Ils apportent leur professionnalisme dans l’évaluation des risques et des dommages et, parfois, ils seraient de bons experts par rapport à la façon de réduire les risques. Ils apportent leur savoir pour la prise des mesures préventives contre des risques qui sont indemnisables, selon des traites de réassurance », a fait savoir Mohamed Himrane. De ce fait, « des sommes importantes en devises sont investies, pour assurer nos grands projets économiques », note-t-il.

Ainsi, dans le cadre de l’accompagnement de ces mégaprojets industriels et miniers, plusieurs sociétés d’assurance et de réassurance sont impliquées, dont la CCR, la SAA, la CAAT et la CASH, pour la partie nationale, tandis que, pour la réassurance internationale, on trouve des compagnies étrangères comme Axa France, SOCGEN France (Société générale de ré- assurance), le groupe suisse Zurich Insurance, Munich Réassurance, Lloyd’s of London, China Réassurance, Corean Réassurance (Corée du Sud), AIG et CHUBB (USA).

Cependant, pour réduire, à l’avenir, le taux de cession en ré- assurance, M. Himrane préconise la constitution « des pools d’assurance, entre un nombre de compagnies d’assurance, pour faire face à des risques importants, à travers la mise en commun des capacités des compagnies, pour couvrir certains risques. On parle, alors, de pools de coassurance. » De la sorte, « ceci nous évitera de solliciter des compagnies inter- nationales spécialisées dans les opérations de réassurance. » Il convient de relever, que le secteur des assurances, tire sa croissance des grands projets économiques initiés par les pouvoirs publics.

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