REVUE DE L'ASSURANCE N°45

La Journée consacrée à la modernisation du Trésor public et à la réforme du secteur financier, organisée le25 mai 2024, à Alger, par la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité (DGTC) a constitué une opportunité pour présenter une situation des interventions fi- nancières de l’État, objet du troisième panel, à un auditoire constitué de responsables du secteur financier ainsi qu’à des experts du domaine.

Dans sa communication, M. Labani Salah, Chef de division chargé des opérations financière à la DGTC, a fourni des chiffres sur les engagements financiers du Trésor, en un mot les financements de l’État ou les investissements publics orientés vers les grands projets structurants. Le cumul des montants financiers décaissés, dans ce chapitre, entre 2021 et 2023, s’élève à 6847 milliards de dinars dont 5740 milliards de dinars décaissés, 1143 milliards restants à mobiliser ou en termes simples à dépenser. Ces engagements financiers se répartissent ainsi : 41 % pour la Caisse nationale des retraites (CNR), 6% pour les Énergies renouvelables, 9% pour l’Industrie, 14% pour le Transport, 11% pour les Travaux publics. La nature des projets selon ce responsable est diversifiée : projet algéro- qatari « Bladna » (production de lait en poudre) ; pro- gramme des énergies renouvelables ; projet Gara
Djebilet ; mégaprojet intégré phosphate de Tébessa ; transport ferroviaire (nouvelles voies ferrées) ; Hôpital algéro-qatari ; renouvellement de la flotte aérienne ; équipements SNTF et Métro d’Alger…

L’objectif de ces massifs investissements est de réaliser un effet d’entrainement sur l’économie, a ajouté
M. Labane. En d’autres termes, il s’agit de contribuer à soutenir la croissance économique du pays. M. Sekak Rachid, expert financier international, l’un des animateurs de ce troisième panel a commenté ces données en observant qu’il convient de bien définir le concept de grand projet structurant. Se- lon lui, le projet structurant devrait être générateur d’un volet supplémentaire d’exportation, d’un effort fort et réel d’import-substitution, d’un fort volet social en matière d’aménagement du territoire.

M. Sekak a laissé entendre sur ce point que le projet structurant doit répondre au moins à l’un de ces critères. A cet égard, il a posé le problème de l’allocation judicieuse de ces ressources financières de l’État : entre les mains de qui mettrons-nous ces projets structurants ? L’expérience passée de l’autoroute est-ouest doit inciter à la réflexion, a-t-il ajouté. Il a également soulevé des questions de fond liées aux données du Trésor affichées lors de ce panel. Les dépenses continuent d’augmenter plus vite que les re- cettes. Le déficit budgétaire est toujours là et les besoins de financement restent importants. Le volet recettes pose avec acuité la question de la réforme fiscale et l’épineuse question de l’économie informelle. La structure des dé- penses évoque le volet subventions ». Le spécialiste financier a également évoqué en ce sens la lourdeur des coûts associés au soutien du secteur public et les suites à donner aux financements sans fin des entreprises publiques. Par ailleurs, au cours de ce troisième panel, M. Labane a présenté les chiffres de cette institution concernant la dette publique de l’Algérie. « La dette publique s’est établie à 16044 milliards de dinars soit 49,2% du PIB en 2023 (résultat provisoire) contre 15334 milliards de dinars soit 48,07% du PIB en 2022. Le déficit global du Trésor hors FFR y compris CNR s’élève à 3406 milliards en 2023 (chiffre provisoire) et à 3245 milliards de dinars, soit 10,1 % du PIB en 2022. La dette externe se situe à 0,37 % du PIB », a-t-il indiqué.

Invité donner son point de vue sur ces données du Trésor, M. Sekak a souligné que « la dette publique n’est pas excessive pour l’instant. Elle reste parfaitement soutenable. C’est une dette à 99% interne. La situation des nouvelles mobilisations suit clairement la prise en charge du soutien aux entreprises publiques ». « Ma préoccupation, ajoute-t-il, réside dans la détention de la dette qui est largement détenue par nos banques publiques et notre banque centrale, ce qui représente pour moi un facteur de fragilité car cela dépend de plus en plus lourdement de la variabilité des prix des hydrocarbures ». M. Labane a ajouté à ce propos que le Trésor est en train de lisser la dette publique afin que la maturité de la dette soit plus longue, en d’autres termes qu’elle soit remboursable à une échéance plus lointaine ou à une durée plus longue.

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