M. Hadj Mahammed Ahmed, Vice-président chargé des affaires administratives et financières à la GAM Assurances :
LA MICRO-ASSURANCE ET LA MICROTAKAFUL DEVRONT ÊTRE INSTAURÉES DANS LE PAYSAGE FINANCIER
NATIONAL
En attendant la consécration réglementaire des Sukuks, la fenêtre Takaful Général de GAM Assurances a représenté, en 2023, ses engagements techniques par un placement en Dépôt à terme (DAT) auprès d’une banque offrant des produits de finance islamique. Première fenêtre Takaful général du marché, elle a commencé ses activités en avril 2022. Une année après, elle annonce avoir réalisé 40% du chiffre d’affaires global de l’activité Takaful général du marché, et ce, sans aucun support bancaire.
Revue de L’ASSURANCE : Comment percevez-vous l’évolution de la fenêtre Takaful Général de GAM Assurances ?

M. Hadj Mahammed Ahmed : Au vu de ses premiers résultats réalisés après moins de deux (02) années d’activité, il convient de souligner que la fenêtre GAM Takaful, première fenêtre Takaful général du marché, avait débuté ses activités en avril 2022 et réalisé, via une partie du réseau de la GAM et sans aucun support de distribution bancaire, un chiffre d’affaires qui représente 40% du chiffre d’affaires global Takaful général du marché national, en 2023. D’une façon générale, ces premiers et modestes résultats de l’activité Takaful, à fin 2023, constituent un début d’activité durant lequel la fenêtre GAM Takaful a commencé ses activités dans des conditions difficiles marquées, surtout, par un effet d’éviction manifeste des banques vis-à-vis de ses nombreuses propositions de couvertures Takaful général aux clients financés par les fenêtres et banques islamiques.
En outre, l’activité Takaful connaît les mêmes difficultés que l’assurance conventionnelle, à savoir la rareté de professionnels répondant aux conditions d’agrément des agents généraux vis-à-vis de ses objectifs de constitution de son propre réseau Takaful ; la faiblesse caractérisant la demande d’assurance ; l’absence de culture
d’assurance ; la concurrence tarifaire qui sévit dans le marché et une conjoncture économique érodant le pouvoir d’achat des ménages ainsi que d’autres agents économiques, qui, au demeurant, ne considèrent pas l’assurance comme un besoin primordial.
Quelles stratégies spécifiques avez-vous jugées les plus utiles pour établir une présence solide et durable sur le marché algérien de l’assurance Takaful ?
Étant donné ses vertus chariaïques reposant sur la coopé- ration, la protection, l’aide réciproque entre des participants contre des risques imprévisibles, l’assurance Takaful puise ses racines dans les enseignements de l’Islam, à savoir la fraternité entre croyants, l’égalité, la responsabilité vis-à-vis des plus vulnérables et l’assistance mutuelle basée sur l’éviction de la spéculation et de l’enrichissement abusif au détriment des fonds des participants.
Ces principales composantes du concept Takaful devraient conduire à la mise en place de stratégies fondées sur les principes d’assistance partagée, de contribution volontaire des participants à la gestion des aléas de la vie susceptibles d’affecter leur intégrité physique ou leur patrimoine personnel, via une mutualisation collective et volontaire face aux risques aléatoires. Aussi, le principe de partage des excédents, tel que décliné dans le modèle Takaful, constituera un effet de levier dans l’attrait de segments de marché perméables aux valeurs de Takaful. Compte tenu de ces principes, la réussite d’un modèle assurantiel-Takaful sociétal viable dans le marché algérien, pourra être favorisée, à moyen et long terme, par les externalités positives ci-après :
- L’émergence d’une culture réelle d’assurance basée sur la responsabilisation et le compter-sur-soi dans le financement des risques imprévisibles au- près de toutes les franges de la société, via le désengagement de l’État dans la prise en charge des dom- mages causés aux agents économiques, en cas de défaut d’assurance ;
- L’instauration de conditions propices qui seront de nature à favoriser le besoin de protection par l’assurance par les différents segments de marché, en regagnant leur confiance au moyen de prestations crédibles, rapides et de plus en plus rapprochées à travers la digitalisation ;
- Le renforcement de l’éducation assurantielle Takaful, dans les établissements secondaires et les universités en direction des générations montantes ;
- La mise en place d’obligations d’assurance coercitives, pour l’ensemble des activités industrielles, commerciales, de transport et de services pour des motifs d’ordre public ;
- La diversification réglementaire de réseaux com- missionnés de distribution de proximité (vendeurs d’assurances-vie et dommages des particuliers) et de micro-assurance (Microtakaful), en vue d’essai- mer davantage les segments de marché et de développer l’utilité de l’assurance et de Takaful ;
- La proximité de banques islamiques et de Windows bancaires finance islamique qui sont des partenaires complémentaires en Bancassurance ou « BancaTakaful » et dans les investissements financiers conformes à la Charia. Cette proximité devrait être accompagnée par une levée de l’effet d’éviction, à l’égard des compagnies privées d’assurance ;
- La réglementation des Sukuks adossés à des pro- jets d’investissement publics (souverains) – privés rentables et attractifs, au niveau du marché financier, en vue de stimuler l’épargne interne institution- nelle et privée ;
- La nécessité d’instaurer un cadre fiscal incitatif, propice au développement de la Finance Islamique Takaful ;
- La formation des ressources humaines dans les techniques de management de la Finance islamique Takaful.
Par ailleurs, l’ensemble de ces conditionnalités trouveront un terrain fertile, dans l’extrême jeunesse de la population algérienne et les grandes potentialités d’un marché quasiment vierge dans les risques des particuliers, des assurances de personnes et agricoles.
Le retard dans l’émission des Sukuks affecte le développement de l’assurance Takaful. Pourriez-vous en quantifier l’impact sur la fenêtre Takaful de GAM Assurances ; et quelles mesures avez-vous mises en place pour gérer cette période de transition, en attendant l’émission des Sukuks ?
En fait, le développement de l’assurance Takaful ne dépend pas uniquement de l’absence des sukuks, mais de plusieurs facteurs évoqués précédemment. D’autre part, les sukuks font partie intégrante de l’écosystème de la finance islamique comme l’est, aussi, l’assurance Takaful.
Pour rappel, le secteur des Sukuks a connu, depuis les années 2000, une grande croissance dans cer- tains pays, au point de devenir une alternative fiable à la mobilisation de l’épargne, à long terme, notam- ment auprès des investisseurs institutionnels (sociétés et fenêtres Takaful notamment). Des États ont lancé des Sukuks souverains au Moyen-Orient et dans le Sud-Est asiatique, pour financer des projets d’infrastructure ou de développement. L’Arabie Saoudite, la Malaisie, la Turquie et l’Indonésie occupent les premières places dans l’émission des Su- kuks, en 2022. En 2023, les actifs générés par les Sukuks mondiaux se sont élevés à 776 milliards USD, soit 25% des actifs de la finance islamique (IFSB Stability Report).
Au sujet des mesures que vous évoquez pour la fenêtre GAM Takaful, il convient de préciser que cette fenêtre de récente création a représenté, en 2023, ses engagements techniques par un placement en DAT, auprès d’une Banque islamique, en attendant l’intronisation des Sukuks qui permettront une meilleure rentabilité financière de l’assurance Takaful.
Comment définissez-vous l’inclusion financière et de quelle manière la fenêtre Takaful de GAM Assurances s’inscrit-elle dans cette démarche ?
L’inclusion financière consiste à permettre aux différents agents économiques d’accéder à toute une gamme de produits et de services financiers (assurances, banques, Bourse…), en vue de répondre à leurs besoins de protection, de financement et d’épargne.
En général, l’inclusion financière consiste à intégrer les personnes traditionnellement exclues du système financier formel, notamment les populations rurales à faible revenu, les femmes non-employées, les petits exploitants agricoles, les microentreprises, les jeunes, etc. En mettant en place sa fenêtre Takaful, la GAM poursuit les principaux objectifs ci-après :
- Diversifier son offre en assurances Takaful de dom- mages aux biens -Responsabilités Civiles des parti- culiers, des entreprises, TPE et PME-, dans le but de répondre à leurs attentes et besoins potentiels de couvertures d’assurances, basées sur la coopération, l’entraide en cas de réalisation des risques et le respect des principes de la Charia islamique ;
- Contribuer au développement de la demande volontaire d’assurance et à la protection des biens des agents économiques contre les risques ;
- Participer, à travers la création de cette nouvelle offre Takaful général, au renforcement de la pénétration de l’assurance, dans l’économie nationale.
Quels produits d’assurance Takaful général de GAM Assurances sont-ils conçus spécifiquement pour favoriser l’accès aux services financiers des populations exclues du système assurantiel traditionnel ?
Les produits d’assurance Takaful de la fenêtre GAM Takaful s’adressent à toutes les couches sociales. Néanmoins, les outils propices à l’inclusion financière des populations à faibles revenus sont la microfinance et la micro-assurance/Microtakaful, qui devront être instaurés dans le paysage financier national. Les perspectives de croissance du marché de la micro-assurance/Microtakaful, en Algérie, sont pro- metteuses, dans la mesure où les créneaux porteurs de potentialités demeurent quasiment vierges. Néanmoins, la croissance de ce marché demeure tributaire des conditionnalités suivantes :
- L’actualisation de la réglementation du secteur des assurances, en Algérie, de façon à y intégrer une nouvelle catégorie de produits de micro-assurance/ Microtakaful présentant un risque systématiquement inférieur ;
- La coexistence de la branche Microtakaful Familial et Général, avec l’une des branches au sein d’un même assureur, pour proposer une offre intégrée sous forme collective ou individuelle aux populations à revenus modestes ;
- La mise en place de dispositifs réglementaires propices au développement de nouveaux canaux de distribution alternatifs de proximité adaptés à la micro- assurance/Microtakaful, en s’inspirant des exemples de certains pays (IMF – Associations – Regroupements spécialisés) ;
- L’institutionnalisation de Fonds de garanties, pour soutenir la micro-assurance/Microtakaful agricole et prévenir les risques catastrophiques ;
- La généralisation et la normalisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour traiter, en temps réel, les opérations, minimiser les coûts, réduire les risques d’erreurs, accélérer le traitement des dossiers et réduire les fraudes.
Soraya Mokrane