M. Haddouche Saïd, Directeur général d’AXA Assurances Algérie Dommage :
L’ASSURANCE INCLUSIVE CONTRIBUE À PROMOUVOIR LA RÉSILIENCE FINANCIÈRE
Le Directeur général d‘AXA Assurances Algérie Dommage, M. Haddouche Saïd explique, dans le présent entretien, l’importance de l’assurance inclusive et son apport positif, en matière d’inclusion financière. M. Haddouche met en avant les moyens à déployer, en vue de promouvoir la résilience financière et souligne la contribution d’AXA assurances Algérie Dommage, dans le domaine de l’inclusion financière.
Revue de L’ASSURANCE : En quoi consiste une assurance inclusive ?
M. Haddouche Saïd : L’assurance inclusive est une compo- sante de la finance inclusive, qui elle-même constitue une stratégie adoptée par les gouvernements des pays émergents, afin de réintroduire les ménages à faible revenu dans le circuit des services financiers et améliorer, ainsi, leur résilience financière. La même démarche est, parfois, adoptée par les pays avancés pour capter les populations précaires restées à la marge, notamment durant les situations de crises.
Dans de nombreuses économies dites émergentes, la demande et l’afflux aux services financiers, en général, et l’assurance, en particulier, proviennent principalement des classes aisées et dans une moindre mesure des classes moyennes. Les contraintes sont de différentes natures : insuffisance de revenus, absence de culture d’assurance ou, alors, inadaptation de l’offre présentée par les compagnies aux besoins réels des ménages et des entreprises.
Au-delà, l’assurance inclusive, qui vient répondre à ces disparités, peut être définie comme étant une stratégie qui consiste à mettre à disposition des populations à faibles revenus, une offre de garanties d’assurance financièrement accessibles répondant à leurs besoins spécifiques, à travers des contrats simplifiés tant à la souscription qu’à l’occasion de paiement des indemnités ou tout autre service lié à la réalisation des risques.
Comparativement aux produits classiques, l’assurance inclusive présente un certain nombre de particularités :
D’abord, la limitation des garanties à un niveau qui reflète le juste besoin de l’activité ou la personne assurée. Cette limitation devrait avoir un impact direct, à la fois, sur le montant de la prime à payer mais, aussi, sur les modalités de souscription qui doivent, à leur tour, être allégées à leur strict minimum.
Il en va de même pour les actes de gestion et le processus de déclaration des sinistres et de payement des indemnités. Cela est une condition sine qua non, pour fédérer le maximum d’adhérents.
L’assurance est l’un des piliers de l’inclusion financière. Quel rôle joue-t-elle pour garantir un accès équitable à tous les ménages et entreprises quels que soient leurs niveaux de revenus ?
L’assurance inclusive contribue à promouvoir la résilience financière d’une large partie de la population, au cœur de l’économie des pays émergents. Il s’agit, là, d’un segment qui échappe à la portée des radars : Outre leur taille ré- duite, les prospects évoluent pour la plupart dans le secteur informel. Ce sont les petits commerçants de détail, les métiers indépendants, les petites exploitations agricoles, et autres, auxquels s’ajoutent les ménages dont les revenus dépendent de ces métiers. Dans ce cas, l’accès à ces services pourrait être assuré par des produits ne contenant que les garanties répondants aux besoins réels et effectifs des populations visées et à des primes abordables compte tenu des leurs budgets. En termes d’efficience économique, les budgets que ces agents pourraient consacrer à la prévoyance ou qu’ils mettent en réserve, pour faire face aux risques qu’ils appréhendent, seront réinvestis en exploitation ou en développement. Les coûts des couvertures devraient, de leur part, s’optimiser par le jeu de la mutualisation, pour autant que l’adhésion soit importante en nombre.
Quels types de produits d’assurance pourraient contribuer fortement à l’inclusion financière ?
Les produits peuvent être à la fois des assurances de particuliers ou des assurances d’entreprise. Sur les segments de particuliers, on trouve généralement les couvertures de santé individuelle, avec une limitation et une simplification des garanties pour la rendre plus accessible, par exemple : hospitalisation, assistance à la personne… L’assurance décès, liée aux emprunts bancaires de microfinance, fait, aussi, partie des produits de l’assurance inclusive. Sur le segment entreprise, l’assurance des exploitations agricoles pour la couverture des récoltes et/ou des animaux d’élevage sont par excellence des produits qui permettent l’inclusion du monde rural dans les circuits financiers.
Pensez-vous qu’il est nécessaire de diversifier les canaux de distribution, pour booster l’assurance inclusive ?
La distribution est un élément-clé dans la démarche de l’inclusion d’assurance, les produits ne sont généralement pas commercialisés par les courtiers ou les agents classiques. Elle se fait, par contre, via des partenariats impliquant les institutions ayant noué des liens, contractuels ou non, avec les populations visées. Cela peut aller des banques aux sociétés d’approvisionnement, en passant par les opérateurs de télécommunication,
les institutions de microfinance, les groupes affinitaires etc. Par ailleurs, la digitalisation des circuits est un facteur de multiplication des canaux de vente, les plateformes de e- commerce sont un large vecteur de diffusion simplifié sûr.
Un risque non assuré constitue un frein au développe- ment. Qu’en pensez-vous ?
En effet, en l’absence de l’assurance, l’aversion au risque et/ou le coût excessif de sa couverture freine l’investissement et ont un impact négatif sur le dynamisme économique d’un pays.
L’agriculture fait partie des secteurs qui enregistrent des taux très faibles, en matière d’assurance. Comment expliquer cette réticence et quelles mesures préconisez-vous pour pallier ce manque d’intérêt ?
À mon avis, au-delà des considérations culturelles qui caractérisent cette catégorie socioprofessionnelle, l’insuffisance et l’inadaptation de l’offre dissuadent et découragent le recours à l’assurance. Les couvertures doivent répondre aux risques pertinents auxquels sont confrontés les exploitants agricoles. Or, les fléaux d’ordre climatiques et/ou sanitaires – à l’instar de la sécheresse et les tempêtes pour les récoltes, d’une part, et les risques sanitaires pour les élevages, d’autre part- ne font, souvent, pas partie des contrats.
Aussi, l’intervention des pouvoirs publics s’avère nécessaire. Dans ce cas, elle se fait à travers des dispositifs d’assurance associant l’État et les compagnies d’assurance, afin de parer à l’« inassurabilité » de ces événements.
Comment Axa Assurance pourrait-elle y contribuer et quelles sont les mesures prises ?
Chez AXA, que ce soit en Algérie ou au niveau du Groupe via AXA EMERGING CUSTOMERS, qui est une entité du groupe en charge de développement des marchés de l’assurance inclusive, cela s’opère à travers des partenariats locaux de différentes natures ;
C’est le cas en Algérie, avec nos partenaires principalement bancaires. Nous disposons d’une approche appropriée permettant de proposer à nos clients, particuliers ou petites entreprises, des produits accessibles à leurs budgets et qui prennent en charge leurs risques spécifiques.
Melissa Mokdad