M. Abbas Amar, CFO à AXA Assurance Algérie au sujet du paiement électronique :
AMÉLIORER L’ÉDUCATION FINANCIÈRE
En marge d’une rencontre organisée par le ministère des Finances conjointement avec le Fonds monétaire arabe sur le paiement numérique, la Revue de L’ASSURANCE a interviewé M. Abbas Amar, Chief Financial Officer (CFO) d’AXA Assurance Algérie, qui a apporté un éclairage sur les défis et opportunités dans la transition numérique. Il souligne « l’importance de l’interopérabilité des systèmes de paiement et de la confiance des consommateurs», tout en mettant en avant le rôle vital que peuvent jouer les compagnies d’assurance. Avec l’émergence des Fintechs et Insurtechs, M. Abbas Amar envisage « un paysage financier transformé, propice à l’innovation et à une meilleure accessibilité pour tous les Algériens.
Revue de L’ASSURANCE: Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels l’Algérie pourrait être confrontée dans la mise en œuvre de la feuille de route nationale du paiement numérique, en particulier en ce qui a trait à l’infrastructure monétaire et à la réglementation ?

M. Abbas Amar : Les initiatives lancées par l’Algérie pour moderniser son système financier et encourager les paiements numériques sont prometteuses, mais plusieurs défis restent effective- ment à relever. Il s’agit, d’une part, de l’infrastructure technologique. Les réseaux de télécommunications, essentiels pour les paiements numériques, gagneraient à être renforcés et étendus pour supporter une transition massive vers les paiements numériques. L’adoption de ce type de paiements dépend également de la pénétration de l’Internet haut-débit et des Smartphones, d’où la nécessité d’améliorer la couverture et le maillage total du territoire national.
D’autre part, il s’agira d’y faire adhérer les citoyens, car une partie de la population algérienne pourrait être méfiante à l’égard des paiements numériques, en raison de préoccupations sur la sécurité des transactions ou par manque de familiarité avec ces outils. La sécurité des données et des transactions est un défi majeur pour les paiements numériques. Les consommateurs ont besoin d’être protégés contre la fraude et les erreurs dans les transactions numériques pour accélérer leur adoption de ces technologies. Par ailleurs, il faut pallier la fragmentation des systèmes de paiement. Pour que les paiements numériques se généralisent, il est essentiel que les différents systèmes de paiement (banques, FinTech, opérateurs télécoms) soient interopérables. En Algérie, le manque d’un système de paiement unifié ou de normes communes pourrait entraîner une fragmentation du marché et limiter l’adoption.
Comment les sociétés d’assurance peuvent-elles contribuer à l’accélération de l’inclusion financière, dans le cadre de cette feuille de route, et quelles nouvelles opportunités se présentent-elles ?
Les compagnies d’assurance ont un rôle clé à jouer dans l’accélération de l’inclusion financière, surtout dans le cadre de la transformation numérique promue par la feuille de route pour les paiements numériques, en Algérie.
Elles peuvent contribuer à travers la micro-assurance, des produits innovants adaptés à de nouveaux segments de marché sous-des- servis par l’écosystème traditionnel, et des partenariats avec des fintechs. En retour, elles bénéficieront d’une expansion du marché, de nouvelles opportunités commerciales et de la possibilité d’innover dans leurs offres et leurs méthodes de distribution. Cependant, pour tirer pleinement parti de ces opportunités, elles devront relever des défis liés à l’infrastructure, à la réglementation et à la confiance des consommateurs.
L’adoption des paiements numériques est souvent accompagnée de préoccupations liées à la sécurité des transactions. Quelles mesures prioritaires faut-il prendre pour garantir la protection des assurés et renforcer la confiance dans le système financier numérique algérien ?
En effet, l’adoption des paiements numériques, tout en offrant des opportunités considérables pour l’inclusion financière, entraîne également des préoccupations majeures en matière de sécurité des transactions.
Pour garantir la protection des utilisateurs et renforcer la confiance dans le système financier numérique, il est impératif de mettre en place un cadre de sécurité global qui couvre la cybersécurité, la protection des données personnelles, la lutte contre la fraude, ainsi que l’éducation du consommateur et des acteurs du marché sur les services financiers. Sans une infrastructure robuste pour protéger les données des utilisateurs et prévenir les fraudes, la confiance dans ces systèmes pourrait être difficile à instaurer. L’Algérie doit, en outre, investir dans la cybersécurité pour garantir la confidentialité et la sécurité des paiements en ligne.
Par ailleurs, la transition vers les paiements numériques nécessite une amélioration de l’éducation financière, tant pour les consommateurs que pour les commerçants. L’Algérie devra mener des campagnes d’éducation pour que la population comprenne les avantages et les risques des solutions numériques. Ces mesures doivent être soutenues par un cadre réglementaire fort et une collaboration active entre les régulateurs et les autres acteurs du marché.
En quoi l’implication des startups et des entreprises Fintech et Insurtechs, soutenue par le gouvernement, pourrait-elle transformer le paysage des services financiers, en Algérie, et quelles seraient les implications pour le secteur des assurances ?
Les Fintechs et Insurtechs sont souvent des acteurs innovants, agiles et orientés vers les nouvelles technologies, capables de ré- soudre les lacunes dans les infrastructures financières traditionnelles. Leur implication, soutenue par un cadre réglementaire favorable, pourrait transformer l’Algérie en un hub de services financiers numériques modernes. Pour le secteur des assurances, cela se traduirait par l’émergence de nouveaux produits adaptés aux besoins locaux, une distribution plus large et plus efficace.
Cela permettrait non seulement d’améliorer l’inclusion financière, mais aussi d’ouvrir de nouvelles opportunités commerciales pour les entreprises d’assurance et de créer un environnement financier plus dynamique et plus inclusif.
Melissa Mokdad