M. Khelifati Hassan, PDG d’ALLIANCE Assurances :
LE MÉTIER D’ACTUAIRE : PROMESSE D’UNE ÉVOLUTION CERTAINE DE L’INDUSTRIE DES ASSURANCES EN ALGÉRIE
M. Khelifati Hassan, PDG de la société à capitaux privés Alliance Assurances, estime, dans cet entretien, que les pouvoirs publics « devraient jouer un rôle central pour promouvoir la profession d’actuaire, en partenariat avec l’Association des Actuaires Algériens. » Il relève, par ailleurs, que la formation « initiale des actuaires, en Algérie, n’inclut pas suffisamment de modules sur les technologies émergentes. »
Revue de L’ASSURANCE : Existe-t-il un déficit en actuaires, en Algérie ?
M. Khelifati Hassan : Oui. Malgré l’existence de formations spécialisées, comme celles offertes par l’École Nationale Supérieure de Statistique et de l’Économie Appliquée (ex-INPS) et l’USTHB, l’Algérie connaît un déficit d’actuaires qualifiés. Bien que ces institutions fournissent une base solide, le nombre de diplômés reste insuffisant pour répondre à la de- mande croissante dans divers secteurs, notamment les assurances, les banques et les caisses de retraite.
De quelle manière ce déficit influence-t-il le marché des assurances et les entreprises qui y opèrent ?
Ce déficit limite la capacité des entreprises d’assurance à concevoir des produits innovants, à établir des tarifs précis et à gérer les risques de manière optimale. En conséquence, cela peut freiner la compétitivité des compagnies d’assurance et conduire à une dépendance accrue, envers des consultants externes ou des approches standardisées qui ne tiennent pas toujours compte des spécificités du marché algérien.
Comment les sociétés d’assurance, en Algérie, gèrent-elles les exigences actuarielles, au vu de l’insuffisance en nombre d’actuaires ?
Pour pallier ce manque, les sociétés d’assurance se tournent, souvent, vers l’externalisation ; faisant appel à des consultants étrangers ou à des cabinets spécialisés, pour les accompagner dans les analyses actuarielles complexes. Certaines entreprises investissent, également, dans la formation continue de leurs équipes internes, en collaboration avec des institutions académiques comme l’ENSSEA et l’USTHB, pour développer des compétences actuarielles.
Quelles mesures pourraient être envisagées, pour améliorer la disponibilité des actuaires qualifiés, dans ce contexte ?
Il serait pertinent d’encourager le développement de pro- grammes universitaires spécialisés en actuariat ; d’offrir des bourses et des incitations pour attirer les étudiants vers cette discipline. De plus, des partenariats entre les institutions académiques et les entreprises du secteur pourraient permettre de former des actuaires directement en lien avec les besoins du marché algérien.
Quels sont les problèmes majeurs liés à la formation académique des actuaires, en Algérie, notamment au niveau de la post-graduation spécialisée, et quelles réformes ou ajustements seraient nécessaires pour aligner la formation des actuaires avec les besoins du marché algérien ? Existe-t-il des initiatives en cours visant à élargir le champ de la formation des actuaires, en Algérie ?
Les principaux défis liés à la formation académique des actuaires, en Algérie, incluent un manque de spécialisation en actuariat, notamment au niveau des études post-graduées, ainsi qu’un besoin accru de formation pratique. Pour aligner la formation des actuaires sur les besoins du marché algérien, il serait judicieux d’introduire des modules spécifiques en actuariat, par exemple au niveau du Master, et de renforcer les partenariats avec les secteurs concernés pour offrir des stages et des projets pratiques. Il y a également des initiatives en cours pour développer des programmes de certification actuarielles et pour intensifier les échanges avec des universités internationales. De plus, il est à noter que l’Association des Actuaires Algériens, créée il y a trois mois, pourra jouer un rôle clé dans l’amélioration de la formation et la promotion de la profession dans le pays.
Comment l’activité actuarielle du secteur des assurances peut- elle contribuer à atteindre l’objectif de l’inclusion financière, en Algérie ?
L’actuariat peut aider à créer des produits d’assurance plus inclusifs et accessibles, notamment pour les populations à faible revenu. En utilisant des modèles actuariels adaptés, les assureurs peuvent développer des solutions de micro-assurance qui répondent aux besoins spécifiques des segments sous-servis, contribuant ainsi à une inclusion financière plus large.
Quel rôle les pouvoirs publics devraient-ils jouer en partenariat avec cette association pour promouvoir la profession d’actuaire, en Algérie ? Est-il nécessaire de mettre à jour le dispositif juridique et réglementaire existant ?
Les pouvoirs publics, en Algérie, devraient jouer un rôle central pour promouvoir la profession d’actuaire en partenariat avec l’Association des Actuaires Algériens. Une des actions essentielles serait d’instaurer la contribution des actuaires pour la validation des provisions techniques dans les bilans des compagnies d’assurance, similaire à ce qui est pratiqué en Europe, où les actuaires agréés doivent certifier la solvabilité et la conformité des compagnies d’assurance.
Néanmoins, pour cela une période de transition d’au moins 5 à 10 ans est nécessaire pour assainir les comptes depuis 1962 ce qui peut présenter beaucoup de situations compliquées.
Afin de renforcer ce rôle, il serait pertinent de mettre à jour le cadre juridique et réglementaire en intégrant des exigences spécifiques pour les compagnies d’assurance, comme l’obligation de faire appel à un actuaire certifié pour la validation des provisions techniques. Cette mesure permettrait, non seule- ment, de garantir la solidité financière des assureurs, mais aussi de rehausser la reconnaissance de la profession d’actuaire, en Algérie.
Mais ces mesures seules ne peuvent être une garantie d’une évolution positive du secteur, il faut qu’il y ait une autorité de régulation indépendante et qui prendra tous les autres aspects des problématiques du secteur notamment les tarifs, RC et dommages, les recours, les créances, la concurrence, la discrimination, etc.
Sans cela, l’instauration de cette obligation ne règlera rien, elle pourra même aggraver le marasme et les difficultés des compagnies du secteur, si elle n’est pas inscrite dans un schéma global et graduel assurant une construction de nouvelles normes et garantissant l’égalité et l’équité entre tous les acteurs dans une concurrence loyale et transparente.
Cette réforme fondamentale doit s’inscrire à plus ou moins moyen et long terme avec un engagement total de toutes les parties prenantes.
En plus de ces réformes, les pouvoirs publics pourraient sou- tenir la création de programmes de formation continue et de certification pour les actuaires, en collaboration avec l’Association des Actuaires Algériens. Des incitations fiscales pour les entreprises qui investissent dans des compétences actuarielles, ainsi que des partenariats avec des institutions inter- nationales, pourraient également être envisagés pour pro- mouvoir l’excellence dans ce domaine. Enfin, la mise en place d’un Registre national des actuaires certifiés, accessible au public et aux entreprises, renforcerait la transparence et la confiance dans le secteur.
Nous croyons aussi savoir que la dernière réforme de la loi 95/07 en cours d’élaboration porte sur des réformes majeures notamment la mise en place d’une autorité de régulation indé- pendante et aussi l’instauration de la certification actuarielle des provisions techniques.
Quels sont les principaux défis auxquels les actuaires algériens sont confrontés en matière de digitalisation et d’intégration des nouvelles technologies dans leurs pratiques ?
Les actuaires algériens font face à plusieurs défis, en matière de digitalisation et d’intégration des nouvelles technologies. Tout d’abord, il y a un manque d’accès à des infrastructures technologiques avancées et à des logiciels spécialisés, ce qui limite leur capacité à effectuer des analyses complexes. De plus, la formation initiale des actuaires en Algérie n’inclut pas suffisamment de modules sur les technologies émergentes, comme l’Intelligence
Artificielle ou l’analyse de Big data, ce qui crée un écart de compétences.
Enfin, le rythme rapide de l’évolution technologique rend diffi- cile pour les actuaires de se tenir à jour avec les dernières innovations, nécessitant un investissement constant dans la formation continue.
Comment les institutions académiques peuvent-elles mieux préparer les actuaires à utiliser les technologies émergentes telles que l’Intelligence Artificielle et l’analyse des Big data ?
Les institutions académiques, en Algérie, peuvent mieux pré- parer les actuaires en intégrant des cours spécifiques sur les technologies émergentes dans leurs programmes de formation. Par exemple, l’ajout de modules sur l’Intelligence Artificielle, l’analyse de Big data, et les techniques de machine learning au sein des programmes de Master ou de post-graduation serait essentiel. Il serait également bénéfique de développer des partenariats avec des entreprises technologiques, pour offrir des stages pratiques où les étudiants pourraient appliquer ces technologies dans des contextes réels. De plus, la mise en place de laboratoires de recherche dédiés à l’actuariat numérique permettrait aux étudiants d’expérimenter et de développer des compétences en utilisant les dernières technologies.
Comment les actuaires peuvent-ils garantir la confidentialité et la protection des données dans un environnement de plus en plus digitalisé ?
Pour garantir la confidentialité et la protection des données, les actuaires doivent adopter des pratiques rigoureuses de gestion de la sécurité des informations. Cela inclut l’utilisation de protocoles de cryptage pour protéger les données sensibles, la mise en place de contrôles d’accès stricts et l’appli- cation de politiques de gestion des données conformes aux réglementations locales et internationales, comme le RGPD, en Europe. Les actuaires doivent également rester informés sur les dernières menaces, en matière de cybersécurité, et sur les meilleures pratiques pour les contrer. La collaboration avec des experts, en cybersécurité et l’utilisation de logiciels de gestion des risques numériques, peuvent aussi renforcer la protection des données.
Quelle est l’importance de l’éthique, dans l’utilisation des technologies numériques pour les actuaires, et comment peut-elle être assurée ?
L’éthique est cruciale dans l’utilisation des technologies numériques par les actuaires, car elle assure la justesse et la transparence des analyses et des décisions prises tout en garantissant le respect des droits des individus. Afin de garantir l’éthique, il est essentiel que les actuaires adhèrent à un Code de conduite clair, qui stipule les normes à suivre en matière de confidentialité, d’impartialité et de responsabilité sociale. Les formations en éthique numérique devraient être intégrées dans les cursus académiques et les programmes de formation continue pour sensibiliser les actuaires aux dilemmes éthiques potentiels liés à l’utilisation des technologies. De plus, la mise en place de comités d’éthique, au sein des entreprises ou des associations professionnelles, peut aider à superviser et à guider les praticiens dans l’application de ces principes.
Fatiha. A