Mme Foukroun Nadjiba, membre du CNA, Actuaire et Maitre de Conférences (MCA) à l’USTHB
Mme Foukroun Nadjiba, membre du CNA, Actuaire et Maitre de Conférences (MCA) à l’USTHB
Dans cet entretien, Mme Foukroun Nadjiba estime que les compagnies d’assurance prennent « de plus en plus, conscience de l’importance des actuaires », soulignant qu’à titre d’exemple, la Loi du 20 février 2006, qui a séparé les assurances de personnes de celles de dommages, est venue « obliger les actuaires qui travaillent dans les compagnies d’assurance de personnes, à innover pour capter un marché en pleine croissance. » Et, de rappeler qu’une « nouvelle loi est en préparation, pour permettre aux actuaires agrées de jouer leur rôle en tant qu’évaluateurs des risques. » Elle révèle que le texte de loi en projet propose que « les provisions techniques des assurances soient certifiées par un actuaire agréé, renforçant ainsi la visibilité et l’expertise de la profession. »
Revue de L’ASSURANCE : Quelle définition donneriez-vous à l’actuaire ? Quelle place occupe-t-il dans une compagnie d’assurance et dans l’assurance, de façon générale, en Algérie ?
Mme Foukroun Nadjiba : L’actuaire est un mathématicien spécialisé dans l’application de la théorie des probabilités et de la statistique mathématique. L’actuaire se spécialise dans l’analyse et la quantification des risques tels que le décès, l’invalidité, la maladie, l’incendie, le vol et la Responsabilité Civile. Ces risques étant des manifestations du hasard, une partie du travail de l’actuaire consiste à estimer la probabilité de leur réalisation et d’en prévoir les conséquences en minimisant les effets indésirables pouvant en découler.
L’actuaire n’intervient pas seulement dans les compagnies d’assurance, mais aussi dans les banques, les caisses de retraite et les organismes financiers. La place ou le rôle de l’actuaire dans une compagnie d’assurance est, en premier, d’anticiper les risques financiers en relation avec la création de nouveaux pro- duits et de déterminer les provisions que la société d’assurance doit constituer, pour être à même d’honorer les engagements pris à l’égard de ses clients, en cas de réalisation du risque, donnant lieu à l’indemnisation de sinistre. Il est aussi question d’élaborer des prévisions au moyen d’études économiques, financières et statistiques dans le but de mettre au point ou de modifier des contrats d’assurance, de même que d’adapter les formules ma- thématiques à appliquer pour mettre au point des tarifs en fonction des catégories de contrats et assister les services opérationnels pour l’évaluation des risques, la conception des contrats, le suivi statistique de la « sinistralité » et l’appréciation des risques financiers. L’actuaire joue, aussi, un rôle de conseil auprès des autres directions de sa société afin que la mise en place et la maintenance des produits d’assurance respectent les procédures déjà établies. Il a également pour mission d’établir des règles afin d’assurer la solvabilité de la compagnie d’assurance.
À quelles exigences académiques un actuaire doit-il satisfaire ? Quels sont les établissements dispensant cette formation ?
L’actuaire doit avoir des connaissances en mathématiques, statistiques probabilités, recherche opérationnelle, analyse des don- nées et finances. Il doit avoir également des connaissances en droit, économie, gestion et fiscalité des assurances. Pour ce qui est des établissements assurant cette formation, ce sont l’Université des sciences et de la technologie Houari Boumediene (USTHB) sous forme de PGS (4 promotions) et l’École nationale supérieure de statistique et de l’écono- mie appliquée (ENSSEA). Il y a également des équipes de recherches dans différentes universités, à l’exemple de celle de Béjaïa où des encadrements de Masters se font dans la branche Assurance/Actuariat.
Quelles appréciations portez-vous sur l’évolution de la profession d’actuaire, en Algérie ? Quels sont les principaux défis auxquels font face les actuaires ?
Je ne travaille plus dans le secteur des assurances, depuis 2008. Toutefois, j’ai gardé contact du fait que je suis membre du CNA et également grâce aux enseignements que je prodigue à l’EHEA, l’IAHEF et autres. Je peux dire que la profession commence à être reconnue, dans notre pays, et les compagnies d’assurances ont de plus en plus conscience du rôle primordial d’un actuaire dans la vie de l’entreprise. En effet, la séparation entre les compagnies d’assurances de dommages et de personnes par la loi n°06-04 du 20 février 2006, a imposé à l’actuaire évoluant dans une compagnie d’assurances de personnes, d’innover en proposant des produits concurrentiels afin de s’appro- prier des parts d’un marché en pleine expansion.
Il est à noter qu’une association des actuaires, dénommée « Association algérienne des Actuaires » (ALGA), a vu le jour et cela après la tenue de son assemblée générale, le 18 mai 2024, au niveau de l’EHEA, à Dély Brahim-Alger. Elle est en attente de l’obtention de son agrément.
Cette association aura pour but de défendre les intérêts des actuaires en leur donnant plus de visibilité. Son rôle, dans un premier temps, consistera à élaborer un statut adéquat à la profession de l’actuaire, lui permettant de se développer, d’évoluer et d’être reconnu sur les plans national et international.
Sur le plan réglementaire, estimez-vous que les textes de loi sont en adéquation avec la pratique des actuaires ?
Une loi est en cours d’élaboration par le ministère des Finances, afin que les actuaires puissent jouer leur rôle en tant qu’évaluateurs des risques.
Ce projet de loi propose que les provisions techniques des compagnies d’assurance (figurant dans le passif de leurs bilans), soient certifiées par un actuaire agréé, ce qui apportera un plus à la profession et permettra une meilleure visibilité de l’expertise et compétences de l’actuaire.
À l’ère de la numérisation à grande échelle, quel impact la technologie pourrait-elle avoir sur la profession d’actuaire et quelles en seraient les conséquences ?
La numérisation et le développement de nouvelles technologies telles que l’Intelligence Artificielle ou la Data science, dans tous les secteurs, et plus particulièrement le secteur des finances et de l’assurance, ont un impact sur la fonction des actuaires les plus concernés par la digitalisation, puisque la technique de la data est le cœur du métier de l’actuaire.
La numérisation permet de collecter une plus grande quantité de données permettant une amélioration des modèles actuariels et la gestion des risques assurantiels, facilitant ainsi le travail des actuaires, basé essentiellement sur la collecte, l’étude et l’ana- lyse des données.
Soraya Mokrane