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Ce que parmi les constats établis, lors de cet Atelier, figure l’urgence de réformer le cadre législatif actuel, jugé insuffisant face à l’évolution rapide des risques auxquels les compagnies d’assurances sont confrontées. Il s’agit, en particulier, des décrets n° 13-114 et n° 13-115 de 2013 régissant, respectivement, les engagements réglementés et la marge de solvabilité, qui ont été critiqués pour leur inadéquation, face aux défis actuels. Mme Belhadj Fazia, Secrétaire par intérim du BST, a insisté sur la nécessité d’adapter ces textes aux évolutions fréquentes du cadre réglementaire et à la gestion des nouveaux risques émergents, afin de renforcer la compétitivité et la résilience du secteur face aux transformations du marché.

Le décret n° 13-114, relatif aux engagements réglementés, a été jugé trop rigide face à la diversité et à l’intensification des risques. À ce sujet, M. Naouri, consultant en assurance, a proposé un réajustement des provisions réglementées, en prévoyant l’intégration de nouvelles provisions, mieux adaptées aux changements actuels. Cette nécessité de révision s’étend, également, au décret n° 13- 115 qui régit la marge de solvabilité des assureurs, notamment à travers une révision des taux minimums exigés.

Un autre sujet central de l’Atelier, à savoir l’extension des provisions pour fluctuation de sinistralité (PFS), est aussi débattu. Actuellement, ces provisions sont appliquées à des branches spécifiques, telles que l’assurance contre la grêle ou les garanties de crédit. Cependant, il a été proposé de les étendre à d’autres types de risques, en particulier ceux liés aux catastrophes naturelles. Une telle extension permettrait aux assureurs de mieux se préparer aux sinistres imprévus, tout en assurant une plus grande stabilité financière pour l’ensemble du secteur. M. Debiche Ka- mel, Chef d’Études Principal au BST, a souligné que l’adoption de ces provisions dans davantage de branches permettrait de renforcer la résilience du marché de manière globale.

En parallèle, l’Atelier a permis d’engager une réflexion approfondie sur les méthodes d’évaluation des provisions techniques. Les approches traditionnelles, fondées sur des estimations basées sur le coût moyen, ont montré leurs limites face à la complexité croissante des risques. Dans ce contexte, de nouvelles méthodes d’évaluation, telles que les modèles stochastiques et déterministes, ont été proposées. Parmi ces modèles, la méthode Chain-Ladder, largement utilisée à l’international, a été présentée comme une méthode fiable pour estimer plus précisément les ré- serves techniques des assureurs.

L’Atelier a également mis en lumière le rôle croissant de l’Intelligence artificielle (IA) dans la gestion des provisions techniques. La start-up IM PROV a présenté une solution innovante, reposant sur des algorithmes capables d’auto- matiser le calcul des provisions. Cette technologie permet- trait de réduire les erreurs humaines, d’offrir des estimations plus fiables et de transformer la gestion des sinistres. En outre, l’IA pourrait optimiser les processus internes des sociétés d’assurances, améliorer la qualité des évaluations techniques et renforcer la transparence, ce qui contribue- rait à accroître la confiance des assurés.

Un autre aspect important abordé, lors de l’Atelier, consiste en l’important sujet de la réévaluation des normes de solvabilité. Il a été suggéré d’ajuster ces normes, afin d’aligner le secteur avec les standards internationaux, notamment ceux de la zone CIMA et des normes européennes. Il a, ainsi, été proposé de fixer un seuil minimal de 25% de la charge moyenne des sinistres sur les trois derniers exercices, avec une possibilité d’ajuster ce taux à 30% en cas de sous-provisionnement. Cette révision vise à renforcer la stabilité financière des assureurs, tout en préservant leur compétitivité, au niveau régional et international.

Enfin, l’Atelier du BST a mis l’accent sur l’adoption d’un modèle de gestion des risques inspiré des principes du cadre européen : Solvabilité II. Ce modèle de gouvernance, qui implique une meilleure gestion des risques et une transparence accrue, notamment par la publication régulière des états financiers des compagnies d’assurances, a pour objectif de renforcer la confiance des assurés et de garantir la pérennité du secteur, à long terme.

Cet évènement du BST représente une étape importante, sur la voie de la réorganisation du secteur des assurances, en Algérie. Les recommandations formulées visent à moderniser le cadre législatif, améliorer la solvabilité des assureurs et renforcer la protection des assurés. Grâce à l’intégration d’innovations technologiques, à la réforme de la législation et à l’adoption de pratiques de gestion des risques conformes aux standards internationaux, le secteur algérien des assurances sera mieux préparé à relever les défis de demain.

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