REVUE DE L’ASSURANCE N°48

Bien avant de parler de culture de paiement ou de confiance dans les transactions électroniques, il invite à regarder l’environne- ment économique dans son ensemble. Ce dernier reste largement dominé par l’informel, selon lui, ce qui complique toute tentative de modernisation des pratiques commerciales. Un vaste pan du commerce algérien échappe encore aux circuits officiels, alimenté par une préférence pour l’espèce, aussi bien du côté des opérateurs que des acheteurs eux-mêmes. Acheter au marché de proximité ou ce- lui hebdomadaire, négocier sur la voie publique ou se fournir chez des vendeurs sans registre de commerce reste une habitude solidement ancrée dans les mentalités.

À cette omniprésence de l’informel, s’ajoute un autre frein : la faiblesse du taux de bancarisation. En effet, rappelle notre interlocuteur, nombre d’Algériens n’ont pas de compte bancaire. Et parmi ceux qui en disposent, combien détiennent réellement une carte de paiement active et l’utilisent de manière régulière ? Ce simple constat suffit à comprendre pourquoi la généralisation des paiements électroniques se heurte à des obstacles concrets, loin des discours officiels.

M. Menouar Hacène souligne également que la question de l’accès à Internet vient encore alourdir l’équation. Il explique ainsi que les terminaux de paiement doivent être connectés en permanence à un réseau stable et rapide pour que les paiements électroniques deviennent une option viable. Or, juge- t-il, la couverture internet, notamment dans certaines régions, reste insuffisante, ce qui fragilise la confiance des commerçants envers ce mode de règlement, relevant qu’un commerçant qui voit son TPE tomber en panne faute de connexion est vite tenté de revenir à son bon vieux tiroir-caisse rempli de billets.

Le Président de l’Association El Aman pour la protection des consommateurs estime par ailleurs que l’environnement fiscal et réglementaire ne facilite pas les choses non plus. Il insiste sur le fait que même parmi les commerçants déclarés, beaucoup sont inscrits au régime forfaitaire, ce qui les pousse à éviter tout ce qui est traçable, ajoutant : accepter un paiement électronique, c’est laisser une trace qui alimente la base de données fiscales. Dans une économie où la déclaration d’impôt est perçue non plus comme une norme, mais comme une contrainte ; cette traçabilité effraie autant qu’elle dérange.

À cela s’ajoute un élément de gestion purement pratique : les délais de disponibilité des fonds. Aujourd’hui, rappelle-t-il, lorsqu’un commerçant accepte un paiement électronique, les fonds ne sont crédités sur son compte que le lendemain, une lenteur difficilement acceptable pour des petits commerçants qui fonctionnent en flux tendus, réglant leurs fournisseurs au jour le jour, bien souvent en espèces. M. Menouar Hacène estime que tant que ce maillon ne sera pas fluidifié, il sera difficile de convaincre ces commerçants de renoncer à l’argent liquide.

Il relève également que, côté consommateurs, la culture numérique peine, à s’enraciner, expliquant que : utiliser une carte bancaire suppose de maîtriser quelques notions élémentaires : connaître son code confidentiel, surveiller la validité de sa carte, comprendre les procédures en cas de blocage ou d’erreur. Or, ajoute-t-il, beaucoup d’Algériens, sur- tout parmi les personnes peu scolarisées, se sentent démunis face à ces gestes basiques.

Soraya mokrane

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