REVUE DE L’ASSURANCE N°48

Dans la panoplie des risques non-financiers qui caractérisent l’activité assurantielle, les assureurs doivent faire face à ceux liés directement à leur cœur de métier (Business Risk), comme les risques de fraude, de non-conformité, de dysfonctionnement des systèmes d’information, ou bien les risques liés à la ressource humaine.

Pour bien connaitre et prévenir ces risques, la société d’assurance doit préalablement les cartographier, c’est-à-dire, élaborer une typologie regroupant l’ensemble de ces risques, sachant que celle-ci peut varier d’un assureur à un autre. Concernant les risques non-financiers, ces derniers se résument souvent à deux notions, à savoir le risque stratégique et le risque opérationnel. Si le risque stratégique se définit comme un risque lié aux choix et orientations stratégiques d’une société dans le but d’acquérir de nouvelles parts de marché, d’améliorer sa profitabilité et la qualité de ses produits et services, ou bien d’opérer des alliances et des acquisitions sur un marché donné, le risque opérationnel est défini par le Comité de Bâle comme « le risque de pertes résultant de carences ou de défauts attribuables à des procédures, personnels et systèmes internes ou à des événements extérieurs. » Il est à rappeler que ledit Comité a été créé, en 1974, par les dix principaux pays industrialisés. Il est chargé de renforcer la solidité du système financier mondial ainsi que l’efficacité du contrôle prudentiel et la coopération entre régulateurs bancaires. La définition donnée par le Comité de Bâle au risque opérationnel est, d’ailleurs, adoptée par la Banque Centrale d’Algérie, via son Règlement n°2011-08 du 28 novembre 2011 relatif au contrôle in- terne des banques et établissements financiers, qui impose à ces derniers, la mise en place de systèmes de mesure et d’analyse des risques, en les adaptant à la nature et au volume de leurs opérations. C’est, là, une forme de veille, devant en principe permettre d’appréhender, au mieux, les risques de natures diverses aux- quels les exposent ces opérations, en particulier les risques de crédit, de concentration, de marché, de taux d’intérêt global, de liquidité, de règlement, de non- conformité, ainsi que le risque opérationnel.

Même s’il n’existe pas encore, à ce jour, de règlement spécifique au secteur des assurances en matière de gestion des risques, la définition susmentionnée s’applique parfaitement aux acteurs du marché assurantiel algé- rien, vue sa proximité avec l’activité bancaire en termes de gestion de flux financiers importants.

En Europe, dont la législation demeure une référence en matière de gestion des risques pour les secteurs financiers et non-financiers, l’article 44 de la directive dite « Solvabilité II » impose aux législateurs des pays membres de l’Union européenne de mettre en place un système efficient de gestion des risques, devant inclure la stratégie, les processus et les procédures nécessaires à l’identification, la mesure, le contrôle et la gestion permanents des risques. Dans son alinéa 2, il précise que ce système doit couvrir, au minimum, les domaines suivants :

  • La souscription et le provisionnement La gestion actif-passif
  • La gestion du risque d’investissement La gestion du risque de liquidité
  • La gestion du risque de concentration La gestion du risque opérationnel
  • La réassurance et les autres techniques d’atténuation du risque

En Algérie, une initiative participative en cours est initiée par le Secrétariat Permanent du Conseil National des Assurances, visant l’élaboration d’un dispositif commun de « Risk-Management » propre aux sociétés du secteur. Il fait ressortir, de prime abord, qu’une grande partie des risques identifiés pour l’activité assurantielle, est composée de risques opérationnels. À titre d’illustration, des erreurs dans le processus de souscription au profit d’assurés présentant un profil de risque très élevé, sont susceptibles d’impacter directement les résultats des sociétés, en raison d’une forte sinistralité qui caractérise souvent ce type de profils-clients. Associés à d’autres types de risques, ils sont davantage susceptibles de prendre une ampleur significative avec, comme conséquences, la baisse des résultats financiers et un impact sur la solvabilité et la réputation de la société.

En conclusion, chaque société se doit d’inscrire dans son plan d’actions, une démarche dite « ERM » (Entreprise Risk Management) qui permet d’identifier l’ensemble des vulnérabilités auxquelles elle est exposée. Dans ce cas, l’importance du risque opérationnel et l’ampleur de ses conséquences pour la société, imposent la définition de ce risque, sa mesure et sa gestion active, car il touche à toutes les activités et à l’ensemble des opérations de la compagnie, d’où l’importance d’une politique de gestion des risques afin de les contenir au mieux et mitiger leur impact..

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