SIPSA 2025, en focus sur les défis du monde agricole :
RENFORCER LA CULTURE FINANCIÈRE DES AGRICULTEURS : UN ENJEU POUR LES ASSUREURS
L’assurance agricole demeure un produit complexe à promouvoir. Elle nécessite d’importants efforts de sensibilisation auprès des agriculteurs, ainsi qu’un soutien actif de l’État, afin de permettre un développement significatif du chiffre d’affaires dans cette branche relevant des Assurance de Dommages.
L’assurance agricole ne figure pas parmi les produits phares de la majorité des compagnies d’assurance. Loin s’en faut. Les branches Automobile, Incendie (IRD), Cat-Nat (contre les effets des catastrophes naturelles) et Transport demeurent prioritaires, en raison du niveau élevé des primes collectées. À titre illustratif, à la CAAT, société détenant le second plus important chiffre d’affaires du marché national, la part de la branche assurance agricole se classe en cinquième position, avec un apport très modeste au chiffre d’affaires global de la compagnie.
En dépit des encouragements des pouvoirs publics, cette activité reste marginale, comme en témoigne la faible présence des compagnies d’assurance à la 23ème édition du salon Filaha Agrofood, tenue fin mai dernier, à Alger. Seules la CAAT, la CAAR, la CAGEX, El Djazair Takaful, Le Mutualiste et Trust Algérie y étaient représentées. La CNMA, leader de l’assurance agricole en Algérie, n’y était représentée que par sa filiale des Assurances de Personnes, en l’occurrence Le Mutualiste.
Au stand de la CAAT, les visiteurs ont pu découvrir la panoplie de risques agricoles couverts par cette société publique. Selon le bilan annuel de la CAAT, son chiffre d’affaires pour l’année 2023 est estimé à 28,48 milliards de dinars. En ce qui concerne la branche de l’assurance agricole, elle a généré un chiffre d’affaires de 26,83 millions de dinars en 2023, en recul par rapport à 2022, où elle avait atteint 32,98 millions de dinars, représentant alors 0,12 % du chiffre d’affaires global. Ce chiffre ne diminue en rien, toutefois, des efforts déployés pour saisir les opportunités offertes dans le secteur agricole.
La police d’assurance agricole proposée par la CAAT se décline en trois catégories de risques :
Les végétaux : assurance grêle, assurance incendie des récoltes, assurance multirisque serre.
Les animaux : assurance multirisque élevage (avicole, apicole, aquacole).
Les risques divers : assurance du matériel roulant agricole, assurance exploitation agricole.
Les produits phares, dans cette branche, sont l’assurance grêle, l’assurance incendie, l’assurance multirisque bétail et l’assurance serre.
« L’objectif de notre présence au salon est de vulgariser les produits d’assurance agricole auprès du grand public, prospecter de nouveaux clients et commercialiser nos produits », a indiqué Mme Zouaghi Amel, directrice centrale des risques simples et agricoles à la CAAT. Elle a également souligné que la Compagnie qu’elle représente développe un projet de micro-assurance : « C’est très important pour l’Algérie, compte tenu de la structure de notre agriculture, dominée par de petits agriculteurs. » Mme Zouaghi a ajouté que le Maroc et la Tunisie sont plus avancés, dans ce domaine. Par ailleurs, elle a signalé qu’un projet d’assurance contre les calamités agricoles a été soumis au ministère des Finances pour enrichissement. « Ce projet vise à couvrir le risque de sécheresse, qui n’est pas encore pris en charge, en Algérie », a-t-elle précisé. Au stand de la CAAR, on apprend que cette compagnie a lancé, en 2024, la gamme « CAAR Agri ». En plus des produits agricoles classiques proposés par la plupart des compagnies, elle commercialise une assurance spécifique contre la perte de rendement des cultures céréalières. Son représentant, M. Ameur, sous-directeur des risques agricoles, explique que ce qui différencie les compagnies dans ce domaine, c’est essentiellement la tarification et la qua lité du service. Il reconnaît que l’assurance agricole reste un produit difficile à développer, avec un chiffre d’affaires de seulement cinq millions de dinars pour cette branche, en 2024. « Les assureurs doivent redoubler d’efforts pour sensibiliser les agriculteurs », a-t-il relevé.
La clientèle de la CAAR, dans ce domaine, est composée d’agriculteurs et d’investisseurs. La compagnie se targue notamment de collaborer avec une entreprise de taille, à savoir l’Algérienne des viandes rouges (Alviar). M. Ameur a également évoqué un partenariat conclu avec Primagro Irrigation, ciblant les projets agricoles du Sud, notamment les systèmes d’irrigation par pivot. « Nous sommes en négociation avec de grands éleveurs et envisageons une alliance avec la CAAT, pour couvrir l’activité aquacole », a-t- il ajouté. Au stand de la filiale de la CNMA (Le Mutualiste), la responsable communication de cette société a présenté un nouveau produit : l’assurance saisonnière. Cette police est destinée aux investisseurs et exploitants agricoles souhaitant assurer leur personnel journalier ou saisonnier, qu’il s’agisse d’étudiants ou de membres de leur famille, durant les travaux agricoles. Elle couvre les accidents, les frais médicaux et chirurgicaux, l’incapacité partielle ou totale, et prévoit un capital en cas de décès.
Le Mutualiste propose également des produits classiques d’assurances de personnes : assurance voyage, assurance individuelle accident…
Mélissa Mokdad