M. Berrah Abdelhakim, Délégué Général de l’UAR :
L’IMPACT DES TAXES DOUANIÈRES POURRAIT
UNE TRANSITION VERS UNE RÉASSURANCE LOCALE RENFORCERAIT LA COMPÉTITIVITÉ DU SECTEUR
Dans un contexte mondial marqué par l’instabilité des échanges commerciaux et les mutations géopolitiques, le secteur de l’assurance et de la réassurance se retrouve en première ligne pour anticiper et faire face aux risques émergents. Dans cet entretien, réalisé en marge d’une rencontre technique dédiée au dispositif KYC, le Délégué Général de l’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance (UAR), M. Berrah Abdelhakim, dresse un état des lieux des enjeux actuels et futurs. Il rappelle que le marché algérien repose encore largement sur des réassureurs étrangers, exposant ainsi le secteur aux vulnérabilités causées par les fluctuations économiques mondiales.
Revue de L’ASSURANCE : Le secteur des réassurances est très important
pour les marchés financiers dans le monde. Quelles répercussions, les politiques douanières américaines auront-elles sur ce secteur ? Comment réagit-il face à cette nouvelle donne ?
M. Berrah Abdelhakim : Les politiques douanières mises en place par les États-Unis, notamment l’imposition de droits de douane sur certains produits industriels et technologiques, auront des répercussions indirectes sur le secteur mondial de la réassurance. En augmentant les coûts d’importation et en perturbant les chaînes d’approvisionnement, ces mesures pourront affecter des secteurs-clés, tels que le transport maritime et la construction, compliquant ainsi la tarification des risques pour les réassureurs. De plus, l’incertitude économique engendrée par ces décisions pourra perturber les modèles actuariels utilisés pour évaluer les risques, rendant l’environnement plus imprévisible pour les assureurs et réassureurs. Bien que le marché algérien ne soit pas directement touché par ces mesures, les acteurs locaux du secteur suivent de près l’évolution des politiques commerciales internationales et leurs effets potentiels sur les équilibres assurantiels. L’UAR, en tant qu’organe représentant les intérêts de ses membres, reste vigilante face aux mutations du commerce mondial, encourageant une veille stratégique et l’adaptation des pratiques de souscription pour anticiper les impacts de ces évolutions.
L’UAR anticipe-t-elle une évolution de la demande en produits d’assurance liés au commerce extérieur, comme l’assurance-crédit ou l’assurance transport, dans ce contexte ? Comment accompagner les entreprises exportatrices, dans ces conditions ?
L’UAR anticipe une demande croissante pour des produits d’assurance liés au commerce extérieur, tels que l’assurance-crédit, l’assurance transport et les couvertures contre les risques liés aux investissements à l’étranger. Cette évolution s’explique par la volonté des entreprises exportatrices de sécuriser leurs transactions face aux risques économiques, géopolitiques et juridiques. Cela incite les assureurs à adapter leurs offres, en proposant des solutions plus sophistiquées, personnalisées et en phase avec les exigences des marchés internationaux. Parallèlement, le cadre réglementaire international évolue, imposant aux assureurs algériens une mise en conformité renforcée. Les recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI) et les obligations imposées par le dispositif FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act) nécessitent la mise en place de dispositifs de contrôle internes plus stricts, une plus grande transparence et une meilleure connaissance des clients (KYC).
Face à l’instabilité des règles commerciales mondiales, quels mécanismes l’UAR recommande-t-elle pour renforcer la résilience du tissu économique national à travers l’assurance ? Quels sont les scénarios possibles d’ajustement ?
L’UAR s’engage activement à promouvoir des mécanismes concrets pour renforcer la résilience des entreprises nationales face aux mutations économiques et aux chocs exogènes. Consciente du rôle stratégique du secteur de l’assurance dans la stabilité financière, l’UAR soutient la modernisation et l’innovation des pratiques. Elle encourage le développement de produits d’assurance innovants, adaptés aux nouveaux risques, tels que la cybersécurité et le changement climatique. L’UAR favorise également l’émergence de partenariats entre compagnies d’assurance traditionnelles et jeunes entreprises spécialisées dans l’InsurTech. L’initiative « Innov & Insure Challenges », portée par l’UAR, illustre cette volonté de stimuler l’écosystème national en intégrant des solutions numériques pour accélérer la transformation digitale du secteur. Par ailleurs, la montée en compétences des professionnels reste au cœur de la stratégie de l’UAR. La formation continue, le renforcement de la gouvernance et la diffusion des bonnes pratiques sont des leviers essentiels pour améliorer la performance du marché. Les ateliers organisés en 2025, consacrés à la gestion des risques émergents et à la conformité réglementaire, illustrent cette volonté de préparer le secteur à un modèle plus rigoureux et résilient. Enfin, l’intégration de technologies avancées, telles que l’Intelligence artificielle, permet aux assureurs algériens de renforcer leur compétitivité et d’anticiper les évolutions du marché.
Le secteur des assurances, en Algérie, reste encore fortement dépendant des grandes compagnies de réassurance étrangères. Faut-il aller vers le renforcement des capacités locales pour pouvoir faire face aux chocs extérieurs ?
Oui, le renforcement des capacités locales en réassurance est essentiel pour l’Algérie, afin de mieux faire face aux chocs extérieurs et réduire la dépendance vis-à-vis des réassureurs internationaux. Le marché algérien repose encore largement sur des réassureurs étrangers, exposant ainsi le secteur aux vulnérabilités causées par les fluctuations économiques mondiales. Développer une réassurance locale permettrait aux assureurs nationaux de mieux maîtriser leurs risques et d’assurer une plus grande stabilité du marché. Pour y parvenir, plusieurs leviers doivent être activés, notamment la consolidation des capacités techniques et financières des compagnies d’assurance, l’amélioration des mécanismes de gestion des risques et la mise en place de fonds de garantie pour absorber les éventuelles crises économiques. En parallèle, l’alignement sur les standards internationaux, tels que les recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI) et les exigences du dispositif FATCA, renforcerait la transparence et la crédibilité des assureurs algériens auprès des partenaires internationaux. L’adoption des nouvelles technologies, comme les solutions InsurTech, offrirait également des opportunités pour améliorer la gestion des risques.
Enfin, la mise en place de partenariats stratégiques avec des acteurs régionaux et internationaux faciliterait le transfert d’expertise et contribuerait à struc turer un marché de la réassurance plus autonome et résilient. Cette transition vers une réassurance locale renforcerait la compétitivité du secteur et positionnerait l’Algérie comme un acteur crédible et innovant sur la scène assurantielle internationale.
Melissa Mokdad