M. Tadjeddine Bachir, expert en numérique :
LE CHIFFREMENT DE BOUT EN BOUT EST ESSENTIEL POUR PROTÉGER LES DONNÉES PERSONNELLES
Le chiffrement de bout en bout, aujourd’hui plus que jamais, s’impose comme un pilier fondamental de la sécurité des données personnelles, en particulier dans un monde de plus en plus connecté et où la protection de la vie privée est une priorité. À travers l’exemple des compagnies d’assurances, M. Tadjeddine Bachir, expert en numérique et protection des données, explique dans cet entretien comment les acteurs du secteur peuvent garantir la confidentialité et la sécurité des informations sensibles de leurs clients, tout en respectant les exigences légales et réglementaires.
Revue de L’ASSURANCE : Comment les compagnies d’assurances peuvent-elles garantir la protection des données personnelles de leurs clients, tout en respectant les exigences légales et réglementaires notamment en ce qui concerne la collecte, le stockage et le partage des informations et données dans le cadre de leurs services ?
M. Tadjeddine Bachir : Les compagnies d’assurances gèrent d’importantes quantités de données et doivent, donc, établir des mesures strictes pour assurer leur protection conformément aux exigences de la Loi n°18-07, relative à la protection des per- sonnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel. Pour garantir cette protection, il est essentiel de limiter la collecte aux informations strictement nécessaires ; d’informer claire- ment les assurés sur l’utilisation de leurs données et leurs droits ; et obtenir un consentement explicite et préalable avant toute collecte.
Une fois collectées, les données doivent être stockées et sécurisées, selon des normes strictes. L’utilisation de chiffrement, de la pseudonymisation et l’accès restreint aux informations sont autant de mesures qui garantissent un haut niveau de protection.
L’hébergement des données dans des infrastructures sécurisées et conformes aux normes internationales, et la limitation de leur durée de conservation sont également indispensables pour minimiser les risques de violation.
Le partage des données, avec des tiers, exige une vigilance particulière. Les compagnies d’assurances doivent s’assurer que leurs prestataires et sous-traitants respectent les exigences légales suffisantes en matière de protection des données et que les transferts internationaux soient réalisés, conformément aux réglementations en vigueur.
Pour garantir une gouvernance efficace, il est important de désigner un Point Focal Protection des Don- nées chargé de superviser la conformité et de sensibiliser régulièrement les employés aux bonnes pratiques de protection des données.
Quelles sont les principales mesures à mettre en place pour garantir la sécurité des données personnelles en ligne, notamment en termes de prévention, de détection et de réaction face aux risques ?
La protection des données personnelles en ligne re- pose sur trois axes fondamentaux : prévention, détection et réaction. Les compagnies d’assurances doivent adopter des mesures essentielles, pour garantir la sécurité des données de leurs clients :
La prévention consiste à anticiper les risques en contrôlant rigoureusement l’accès aux informations. Il essentiel de limiter ces accès aux seules personnes autorisées, conformément au principe du moindre privilège, et de renforcer l’identification par des dis- positifs comme l’Authentification multi-facteurs (MFA). Cette dernière ajoute une couche de sécurité supplémentaire en exigeant plusieurs étapes de vérification avant de permettre l’accès aux systèmes sensibles.
Le chiffrement des données, tant stockées qu’en transit, est également indispensable pour garantir leur confidentialité et leur intégrité. La réalisation de tests d’intrusion et d’audits réguliers permet de détecter et de corriger les vulnérabilités avant qu’elles ne soient exploitées.
La détection est essentielle pour identifier toute activité suspecte. La mise en place d’outils de surveillance et de systèmes d’alerte, en temps réel, facilite la détection d’anomalies et permet d’agir, sans délai en cas d’incident.
Une réaction efficace repose sur un plan de réponse adapté. En cas de cyberattaque, un PRA/PCA (Plan de Reprise et de Continuité d’Activité) garantit la continuité des services.
Il est également indispensable de notifier toute violation de données aux autorités compétentes, comme l’Autorité Nationale de Protection des Données à caractère Personnel (ANPDP) et d’informer les per- sonnes concernées, conformément aux exigences de la Loi 18-07. L’analyse des causes de l’incident et la mise en place de mesures correctives renforcent les mesures de sécurité et permettent d’éviter de fu- tures compromissions.
Comment les systèmes de cryptage, comme le chiffre- ment de bout en bout, contribuent-ils à la protection des données personnelles et quels autres outils de sécurité recommandez-vous ?
Le chiffrement de bout en bout est essentiel pour protéger les données personnelles. Il garantit que seules les personnes autorisées peuvent accéder aux informations échangées, même si ces données sont interceptées. Par exemple, lorsqu’un client discute avec son assureur via une application sécurisée ou remplit un formulaire, le chiffrement empêche toute intrusion extérieure d’accéder aux messages, aux documents partagés ou aux données transmises. En plus du chiffrement, d’autres outils renforcent la sécurité des données, comme l’authentification multi- facteurs (MFA) : elle ajoute une couche de protection en demandant, par exemple, un code temporaire en plus du mot de passe, connu sous le nom de code OTP.
La numérisation est une arme à double tranchant. Quels sont les défis actuels, en matière de gestion des don- nées personnelles dans un environnement de plus en plus interconnecté, et comment peut-on les surmonter ? Autrement, comment protéger les données tout en favorisant l’innovation numérique et l’interconnexion des systèmes ?
La numérisation présente d’énormes avantages en matière d’efficacité et d’innovation, mais elle en- traîne également des défis importants concernant la protection des données personnelles. L’augmentation de la connectivité entraine des points d’entrée, favorisant la circulation des données entre diverses plateformes, ce qui accroît les risques de fuites et de cyberattaques. Par ailleurs, de nombreux utilisateurs ne sont pas pleinement conscients des dangers liés au partage de leurs données. Les entreprises, quant à elles, doivent se conformer à la Loi n°18-07 et au RNSI (Référentiel de National de Sécurité de l’Information), ce qui peut s’avérer complexe dans un éco- système numérique en constante évolution.
Pour surmonter ces défis, il est essentiel d’intégrer des mesures de protection, dès la création des services numériques et encadrer strictement le partage des données en définissant précisément qui peut y accéder et dans quel but. Le recours à des solutions comme l’authentification multi-facteurs renforce également la sécurité d’accès aux plateformes. Une sensibilisation accrue des entreprises et les citoyens aux bonnes pratiques en matière de protection des données est tout aussi cruciale.
L’adoption des technologies telles que l’intelligence artificielle et la blockchain, peut renforcer la sécurité tout en facilitant l’interconnexion des systèmes. L’objectif est de trouver un équilibre entre innovation et protection des données, en assurant un environnement numérique sécurisé et conforme aux réglementations.
Comment évaluer la conformité des plateformes avec les législations en vigueur, en matière de protection des données personnelles ?
L’évaluation de la conformité des plate- formes avec la loi 18-07 en Algérie nécessite une approche méthodique pour garantir que les données personnelles sont traitées de manière transparente et conforme à la réglementation.
Il est essentiel d’identification les types de données collectées à chaque point de collecte, (nom, adresse, numéro de téléphone, etc.), leur durée de conservation et leur pertinence par rapport aux objectifs pour- suivis. Chaque collecte doit répondre à un objectif clairement établi, qu’il s’agisse de la gestion des contrats d’assurance, de la communication avec les clients ou de la prévention des fraudes.
Pour chaque objectif, il est nécessaire de déterminer la base légale qui justifie le traitement des données. L’identification des destinataires des données est également cruciale : il est nécessaire de déterminer quels services internes, partenaires ou sous-traitants auront accès aux informations et de s’assurer qu’ils respectent la réglementation.
Lorsque les données sont transférées à l’étranger, des garanties appropriées doivent être mises en place pour assurer un niveau de protection adéquat, telles que les clauses contractuelles ou des accords avec des pays offrant des protection équivalentes.
La plateforme doit également présenter une politique de confidentialité claire et accessible, précisant notamment l’identité du responsable du traitement, les
catégories de données collectées, les finalités du traitement, les bases légales, les destinataires, la durée de conservation ainsi que les droits des utilisateurs et
les modalités pour les exercer.
Un mécanisme de consentement explicite est indispensable : chaque point de collecte doit inclure une option permettant aux utilisateurs de prendre connaissance de la politique de confidentialité et de consentir au traitement de leurs données en conséquence. Enfin, il est important d’instaurer un dispositif permettant aux personnes d’exercer leurs droits, tels que l’accès, la rectification ou l’opposition au traitement de leurs informations.
Melissa Mokdad