M. Benmouhoub Yazid, Directeur général de la Bourse d’Alger :
NOUS TRAVAILLONS SUR LA DIGITALISATION DES TRANSACTIONS
Dans cet entretien, le premier responsable de la Bourse d’Alger, rencontré lors d’une réunion organisée par l’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance (UAR) sur la dynamisation du marché financier, relève que les compagnies d’assurances, les banques et la Bourse d’Alger viennent de créer Finlab, un incubateur qui permet aux Start- up de tester leurs solutions.
Revue de L’ASSURANCE : Où en est la Bourse d’Alger, après l’introduction en Bourse du Crédit Populaire d’Algé rie (CPA) ?
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M. Benmouhoub Yazid : L’introduction du CPA a indéniablement boosté la Bourse d’Alger. Cette opération a permis à la place boursière de multiplier par sept sa capitalisation. On est passé de 540 millions de dollars à pratiquement 4 milliards de dollars de capitalisation. Cela a permis aussi d’augmenter le nombre de sociétés cotées. Il y a eu une réelle dynamique avec un volume de transactions en Bourse en forte hausse, dépassant carrément les 200%, voire les 300%. Le gros des transactions s’effectue sur les titres du CPA. L’autre nouveauté peut être, c’est la BDL qui prépare son entrée en Bourse. Cela va donner une dynamique supplémentaire et inciter l’ensemble des entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, à sauter le pas, à sou- mettre une demande d’introduction en Bourse à la CO- SOB, en vue d’entrer en Bourse. Nous travaillons également sur la digitalisation des transactions, parce que cela est nécessaire. Aujourd’hui, nous sommes à la phase de finalisation du système d’information qui va permettre à la Bourse et aux intermédiaires de transi- ger on line et, dans une seconde étape, aux investisseurs et aux citoyens d’acheter et de vendre les actions, voire les obligations directement, en utilisant les moyens digitaux.
Quelles sont les entreprises privées qui sont sur le point d’entrer en Bourse ?
Il y a des dossiers qui sont déposés auprès de la CO- SOB. Il y a des start-up, des entreprises privées qui ont montré leur intérêt. Certaines ont même déposé leur demande d’introduction. La COSOB communiquera sur ces entreprises le moment venu.
Qu’en est-il du compartiment PME à la Bourse d’Alger ?
Ce compartiment est appelé désormais compartiment de la croissance. Il inclut, outre les PME, les Start-up. On a simplifié les conditions d’accès de ces entreprises à la Bourse. Nous attendons donc les visas de la COSOB pour permettre à certaines de ces startups de venir directement en Bourse.
Le crowdfunding est-il opérationnel ?
Le crowdfunding n’est pas directement lié à la Bourse.
Ce nouveau mécanisme introduit, en Algérie, permet aux startups de lever des financements, des petits montants, pour démarrer leur activité. Il y a eu le premier intervenant crowdfunding qui a obtenu le visa de la COSOB. Un visa provisoire, en attendant de se conformer à l’ensemble des exigences et d’avoir son visa définitif et, à partir de là, les startups, de manière générale, peuvent demander la levée de fonds, à travers ce dispositif.
Quelle est votre appréciation sur la mesure, objet de la rencontre organisée par l’UAR, prise par les pouvoirs publics, à savoir que les assureurs doivent intervenir sur le marché boursier en devenant des Intermédiaires en opérations boursières (IOB) ?
En fait, ce ne sont pas les assureurs qui vont devenir des IOB, mais les assureurs ont un cycle de production inversée. Ils ont de l’argent qu’ils reçoivent de leur clientèle. Cet argent doit être placé. Aujourd’hui, ils ont l’obligation de placer une partie de cet argent en Obligations du Trésor. Ils ont suffisamment, donc, de ressources financières pour pouvoir venir sur le marché. Ce sont des investisseurs institutionnels qui peuvent impacter, de manière très significative, la dynamique du marché, notamment sa liquidité. Ils sont en train de s’organiser non pas en tant qu’IOB, mais en tant que fonds d’investissement et, à partir de là, ce fonds va certainement venir sur le marché financier pour financer et se faire financer.
Comment les pouvoirs publics comptent-ils dynamiser la Bourse ?
Nous comptons dynamiser la Bourse, à travers plusieurs volets. Nous devons travailler directement avec les entreprises. Il s’agit de leur expliquer comment fonctionnent les processus à la Bourse, comment lever des fonds, à travers la Bourse. Il s’agit, aussi, de leur présenter les avantages fiscaux que l’État leur accorde s’ils entrent en Bourse. Il y a d’autres avantages qui ne sont pas d’ordre financier, mais de notoriété et de transmission. Des problèmes liés à la transmission peuvent apparaître, dans les entreprises privées. La Bourse peut les régler. Nous travaillons, égale- ment, sur la culture boursière au niveau aussi bien des émetteurs, des entreprises que des citoyens ou grand public. Nous sommes partie prenante d’un grand programme d’éducation financière, avec notamment l’ABEF, l’UAR et d’autres intervenants. Ce programme va être lancé, incessamment. Nous travaillons, également, sur la digitalisation, un facteur important pour booster l’activité. C’est un moyen d’approfondir ou d’agrandir l’inclusion financière, d’arriver à des taux d’inclusion financière beaucoup plus élevés. Aujourd’hui, toute la place financière, que ce soit au niveau des banques, des assureurs ou de la Bourse, sont entrain de faire leur mue. Nous pensons que les prochaines années vont véritablement transformer, de manière substantielle, le paysage de la finance, en Algérie.
Quelle est l’évolution du partenariat avec les FinTech ?
Nous travaillons avec les FinTech. Quand j’évoque la digitalisation, je parle forcément du système d’information de la Bourse. Il ne faut pas aussi oublier qu’il va y avoir beaucoup de demandes introduites, de manière indirecte, et qui vont permettre, par exemple, de créer des portefeuilles des petits porteurs. Cela va inciter les citoyens à investir de petites sommes. Il y a, aussi, l’open innovation, un système qui permet de faire appel aux Startups et à la FinTech pour se développer. Nous sommes membres fondateurs du Finlab.
Quel est le rôle du Finlab ?
Le rôle du Finlab est d’incuber des startups spécialisées dans la finance, la technologie financière et ce, en fonction des besoins de ses adhérents : les assureurs, la Bourse, les banquiers qui n’en sont pas membres à part entière ainsi que d’autres intervenants. Les assureurs et la Bourse, lorsqu’ils ont besoin de digitalisation ou de numérisation de certaines activités, vont faire appel à des startups qui vont travailler au niveau de ce laboratoire et qui vont tester leurs solutions. Une fois que la solution est jugée pertinente, on va la mettre sur le marché.
Est-ce que vous tablez sur l’intelligence artificielle pour moderniser la Bourse ?
C’est clair. Lorsqu’on parle de digitalisation, on parle directement d’intelligence artificielle. Aujourd’hui, on sait, par exemple, que le trading sur d’autres places se fait de manière automatisée, à travers des algorithmes. Il y a, d’ail- leurs, le développement de ce qu’on appelle le trading à très haute fréquence. Aujourd’hui, le trading se met en place. Ce n’est plus l’apanage de l’humain, mais beaucoup plus des machines. C’est l’intelligence artificielle qui va, aussi, révolutionner tout le paysage de la finance en Algérie.
Khaled Remouche