Hadj Mahammed Ahmed, Vice Président chargé des affaires administratives et financières à la GAM :
POUR L’ENGAGEMENT DES COMPAGNIES D’ASSURANCE DANS UNE DÉMARCHE RSE
Dans cet entretien, le Vice-Président de la GAM présente, en particulier, les initiatives prises par son entreprise pour sensibiliser les assurés sur les différents risques. Il préconise ainsi une série de mesures qui devraient être prises par l’Etat et les assureurs pour ancrer la culture responsabilité sociétale et environnementale (RSE) aussi bien chez les compagnies d’assurance que chez les clients.
Revue de L’ASSURANCE : Quelles sont les initiatives du secteur des assurances en matière de sensibilisation des assurés, en ce qui a trait aux pratiques durables ainsi qu’à la responsabilité sociétale et environnementale ?
Hadj Mahammed Ahmed : Le métier de l’assurance repose sur l’évaluation, l’anticipation et la gestion des risques sur le long terme dans divers domaines. Il a de ce fait un rôle déterminant dans le développement de la culture de la prévention.
Sur le plan économique, l’assurance contribue à la résilience des activités économiques, aidant ainsi les organisations à se projeter dans l’avenir. Au niveau mon- dial, sa croissance reste un indicateur certain de la bonne santé d’une économie.
Sur le plan sociétal, elle est en étroite relation avec tous les grands sujets d’évolution de la société.
Les compagnies d’assurance ont la latitude d’actionner plusieurs leviers pour intégrer la RSE dans leurs activités, notamment à travers la mise en place de produits et prestations d’assurance responsables, qui encouragent leurs clients à adopter des comportements responsables, durables et éthiques, tout en renforçant leur compétitivité, leur attractivité et leur conformité auprès des clients et des diverses parties prenantes (autorités publiques et de contrôle – partenaires – actionnaires – employés, …).
Elles seront amenées de ce fait à adopter des pratiques durables et éthiques, en cherchant à minimiser leur impact négatif sur la société et l’environnement, tout en maximisant les bénéfices pour toutes les parties concernées.
L’engagement des compagnies d’assurance dans une démarche RSE présente de nombreux avantages tels que :
- la consolidation de leur image de marque, l’amélioration de leur réputation auprès des clients, des employés et des divers partenaires, sachant que le public devient de plus en plus sensible, de nos jours, aux questions environnementales, sociales et aura tendance à s’associer à des entreprises partageant leurs valeurs.
- La contribution à la performance financière de l’entre- prise à travers la mise en place des actions visant à réduire l’impact environnemental et social de leurs activités, la réalisation des économies et l’attrait de nouveaux clients soucieux de consommer de manière responsable.
- La réduction des risques légaux et réglementaires aux- quels les entreprises peuvent être confrontées, en anticipant les évolutions des normes et en se conformant aux exigences en matière de développement responsable.
- La démarche RSE dans le secteur des assurances en Algérie pourra jouer un rôle déterminant dans la gestion des risques et la protection des personnes physiques et morales face aux divers aléas. A ce titre, les assureurs peuvent agir sur plusieurs leviers pour intégrer la RSE dans leurs activités. Parmi ces leviers on peut citer entre autres :
- Un meilleur développement de la culture d’assurance au niveau des différents segments de marché à travers une communication collective sur les produits et prestations d’assurances dédiés à chaque segment.
- La multiplication des actions de prévention contre les risques pouvant affecter les particuliers, les entreprises et l’environnement, telles que les actions de prévention contre les accidents de la route, l’obligation d’audit des risques à l’occasion des assurances des risques indus- triels et l’instauration de mesures légales pour la protection de l’environnement en mettant en exergue la responsabilité de toute atteinte à son encontre.
- La tarification des risques assurés sur la base de leur sinistralité réelle, pour plus d’équité et d’éthique en di- rection des fonds des assurés gérés par les assureurs, dans le but de conforter leur solvabilité et leurs engagements techniques qui seront représentés en placements propices au financement de l’économie.
Quelle est la contribution du secteur des assurances à l’éducation des assurés sur les différents risques ?
Le marché mondial de l’assurance et la réassurance fait face à des crises multiples depuis des années dont une grande majorité est générée par trois risques majeurs : le changement climatique, le risque géopolitique et les cyberattaques.
Le changement climatique est considéré comme le principal risque auquel le secteur est actuellement confronté au niveau mondial. Selon Swiss Re, les pertes assurées engendrées par les catastrophes naturelles ont dépassé en 2023 la barre des 100 milliards USD pour la quatrième année consécutive. Plus de 50% de ces dom- mages sont provoqués par les périls tels que les inondations, la grêle et les incendies. Les effets du réchauffe- ment climatique sont multiples dont la flambée des coûts de réparation et de reconstruction.
Dans ce contexte, le secteur des assurances Algérien devra œuvrer davantage en vue d’instaurer une éducation des assurés, toutes catégories confondues, à une meilleure appréhension des risques pouvant affecter leur intégrité physique, leurs biens, leurs responsabilités et leur environnement.
En effet, compte tenu du niveau assez bas de la culture d’assurance dans notre société, le niveau de pénétration de l’assurance dans l’économie demeure insignifiant par rapport à la moyenne mondiale. De ce fait, une culture de la prévention et de la prévoyance devra être renforcée à travers une meilleure connaissance des risques pouvant affecter chaque segment de marché.
Quelques exemples :
- En ce qui concerne les ménages, une éducation basée sur la prévention des aléas pouvant survenir au niveau de l’habitation familiale (incendie – dégâts des eaux – vol responsabilité civile familiale -accidents ménagers,), incitera davantage le chef de famille à assurer son habitation.
- Pour les petites entreprises qui sont généralement insuffisamment assurées ou pas assurées du tout, le travail consiste à les sensibiliser sur les menaces qui pèsent sur elles en cas de survenance de risques liés à leur exploitation et les informer que l’assurance leur offre une protection financière tout en contribuant à accroître la productivité et un accès au financement.
- Quant aux exploitants agricoles qui demeurent peu assurés, comme le montre la part infime des assurances agricoles dans le portefeuille national, la démarche sera surtout d’ordre institutionnel à travers une subvention de primes adossée à une obligation d’assurance, en vue de mieux les responsabiliser à une meilleure prise en charge des risques qui guettent leurs exploitations.
- L’instauration de mesures coercitives réglementaires portant sur la souscription de l’assurance CAT NAT obligatoire pour tous les agents économiques.
Ce processus d’éducation sur les risques doit être mené de manière collective par le secteur des assurances à travers des campagnes médiatiques et des opérations « portes ouvertes » saisonnières sur les assurances.
Quel est l’effort notable de sensibilisation fourni par votre compagnie, en direction des assurés, pour une meilleure appréhension des risques ?
Dans le cadre de sa vocation d’assureur désireux d’at- teindre une meilleure pénétration de l’assurance dans le marché et de produire une prestation éthique et diligentée à ses assurés, notre compagnie a mis en place de- puis des années, un système d’information fiable, intégré et adossé à une stratégie de digitalisation. En outre, elle règle depuis plus de trois ans en termes d’indemnisations, plus 60% de son chiffre d’affaires en indemnisation de ses assurés. Elle a obtenu de 2021 à 2023 le prix du « meilleur service client » grâce à son call center qui permet d’interférer de manière rapprochée avec ses assurés en termes de conseils, d’informations et de réception des réclamations. Cette approche lui permet d’acquérir plus de confiance et de crédibilité en direction des assurés et des assurables.
Dans le cadre de l’approche inhérente aux risques d’entreprises, notre compagnie propose également à ses clients chefs d’entreprises une prise en charge de visites des risques par des experts en vue de leur prodiguer sur rapports de visites, des conseils en prévention et protection contre les risques pouvant affecter leurs patri- moines, responsabilités et l’environnement.
En matière de communication, elle a développé des cam- pagnes médiatiques pour mettre en valeur ses actions d’innovations sur ses nouvelles formules « pack métiers multirisques » et assurances dommages automobile adaptées au pouvoir d’achat des assurés.
Dans le cadre de la diversification d’une offre d’assurance éthique conforme à la Charia en direction du marché, notre compagnie a été la première du secteur « dommages » à obtenir un agrément et lancer sa fenêtre « GAM Takaful » en 2022, après la publication du décret portant sur l’assurance Takaful en 2021.
Que suggérez-vous pour ancrer la culture de la responsabilité sociétale et environnementale aussi bien chez les assurés que chez les assureurs ? Quelles mesures concrètes pourraient être mises en place pour encourager un engagement plus actif de toutes les parties prenantes ?
La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est un concept qui englobe les actions mises en œuvre par ces dernières pour intégrer les préoccupations sociales, environnementales, économiques dans leurs activités et leurs interactions avec leurs parties prenantes.
La culture de la responsabilité sociétale et environne- mentale auprès des assureurs et des assurés devra être mieux développées en vue d’impliquer ces parties prenantes à ce processus.
Cet objectif devrait être atteint qu’à travers l’instauration de mesures institutionnelles et sociétales qui engagent la responsabilité de ces parties, à savoir entre autres :
- Une meilleure responsabilisation des assurables en termes de souscription de contrats d’assurance couvrant leurs responsabilités et leurs patrimoines, à travers des actions de sensibilisation rapprochées.
- La lutte contre la fraude à l’assurance à travers la collaboration commune de toutes les compagnies du secteur en vue de moraliser davantage l’activité d’assurance et d’instaurer plus d’éthique dans le comportement des assurés.
- La mise en place de systèmes d’information à normes unifiées au niveau du secteur, en vue de développer les interconnexions propices à l’indemnisation rapide des assurés
- La formation continue des ressources humaines dans les domaines techniques et commerciaux de l’assurance.
- L’instauration d’obligations d’assurance coercitives pour des motifs d’ordre public, en vue de protéger les biens, les personnes et l’environnement contre les risques climatiques et catastrophiques.
- La mise en place de l’assurance inclusive en direction des couches les plus défavorisées de la population ex- clues des domaines assurantiel et financier.
- La subvention par d’une partie des primes d’assurance risques agricoles à portée stratégique, assortie à une obligation d’assurance de ces risques et un défaut de prise en charge par l’état en cas de non-assurance après la survenance d’un sinistre.
L’incitation des assurés à adopter des comportements respectueux de l’environnement en proposant des réductions de primes ou des avantages pour ceux qui mettent en place des mesures d’économie d’énergie ou de préservation des ressources naturelles.
Khaled Remouche