M. Guendouzi Brahim, économiste :
L’IMPACT DES TAXES DOUANIÈRES POURRAIT LES ASSUREURS INTERNATIONAUX POURRAIENT REVOIR LES PRIMES À LA HAUSSE
M. Guendouzi Brahim, professeur d’économie à l’université de Tizi Ouzou et spécialiste du commerce extérieur, analyse, dans l’entretien qui suit, l’impact des taxes douanières américaines sur l’industrie de l’assurance. Il souligne que les entreprises algériennes, opérant à l’international, pourraient faire face à une hausse des coûts d’assurance, les assureurs étrangers étant susceptibles de réviser leurs primes à la hausse.
Revue de L’ASSURANCE : Le secteur des réassurances est très important
pour les marchés financiers dans le monde. Quelles répercussions, les politiques douanières américaines auront-elles sur ce secteur ? Comment réagit-il face à cette nouvelle donne ?
M. Guendouzi Brahim : Les États-Unis d’Amérique, étant le premier pays importateur de biens et services au monde, enregistrent annuellement des déficits commerciaux importants, dont 1295 milliards de dollars, en 2024. Dès son arrivée à la Maison Blanche, le président Donald Trump a mis en exécution ses engagements électoraux, en annonçant l’imposition d’un droit de douane général de 10% sur toutes les importations mondiales. Puis, quelques jours plus tard, il a ajouté de nouvelles mesures tarifaires spécifiques par pays, basées sur le déficit commercial bilatéral avec les États- Unis, dont celui de la Chine qui est considéré comme étant responsable de près de 35% de ce déséquilibre. Ceci a déclenché une forte réaction aussi bien de la part des pays concernés par ces mesures que des marchés financiers qui ont enregistré une recrudescence de la volatilité. D’ores et déjà, la nouvelle politique tarifaire américaine risque de bouleverser les chaînes d’approvisionnement et les stratégies de commercialisation à l’international. Les craintes exprimées, à travers le monde, se focalisent sur un éventuel ralentissement économique et une perturbation des chaînes d’approvisionnement, combinées à une hausse des prix. D’où la rectification partielle par Trump de ses décisions, en décrétant une pause de 90 jours dans l’application des droits de douane réciproques, tout en maintenant le droit de douane général à 10%.
La première conséquence susceptible d’être enregistrée au niveau des marchés de l’assurance est probablement un manque à gagner en termes d’activités, avec l’entrée en application des décisions de Trump. Des mesures protectionnistes entraînent logiquement une réduction des transactions commerciales à l’international et, donc, moins de couverture de risques à mettre en œuvre de la part des entreprises d’assurances. Inversement, les droits de douane impliquent une augmentation des charges d’exploitation, ce qui pourrait influencer les besoins des compagnies en termes de couverture d’assurance.
La volatilité enregistrée sur la plupart des marchés va se traduire par un renchérissement des frais d’assurance au regard des risques encourus.
Par ailleurs, l’impact négatif des droits de douane sur la croissance économique aussi bien aux États-Unis que dans d’autres pays risque d’impacter globalement le secteur des assurances. Surtout si cela est accompagné d’un processus inflationniste, rendant les décisions des entreprises et des ménages moins réactives.
Les ajustements tarifaires américains, à hauteur de 30% en ce qui concerne l’Algérie, pourraient-ils donner lieu à de nouveaux risques pour les entreprises algériennes assurées/réassurées à l’international ? Comment pourraient-elles anticiper ces risques ?
Les relations commerciales entre l’Algérie et les États-Unis n’ont pas atteint des niveaux élevés, ni en termes de montants, ni en volume, comparativement à d’autres pays touchés par l’application des droits de douane. Aussi, la préoccupation pour l’Algérie est plus liée à la réaction des cours du pétrole brut par rapport à la nouvelle politique tarifaire américaine. Si le marché pétrolier dans son ensemble marquait une tendance baissière importante et durable, le manque à gagner serait énorme pour les exportations mais, aussi, pour les recettes budgétaires.
Conséquemment, la réduction de la capacité à importer des entreprises algériennes impliquerait une reconfiguration des itinéraires maritimes (surtout que les nouvelles technologies permettent d’optimiser les itinéraires) et les types de partenariat commerciaux, lesquels influeront sur la nature des risques encourus et, donc, sur les modalités d’assurance.
Pensez-vous que ces changements tarifaires pourraient entraîner une modification des besoins en couverture de risques commerciaux et maritimes, en Algérie ?
Les entreprises algériennes, celles qui activent à l’inter- national se retrouveraient face au risque de variation des coûts assurantiels, du fait que les assureurs internationaux pourraient revoir les primes à la hausse. C’est ainsi que des clauses de type « War, strike and embargo » pourraient être activées ou revalorisées. Certaines compagnies de réassurances internationales seraient amenées à restreindre les garanties ou à exclure certains risques géopolitiques ou commerciaux. Aussi, est-il indiqué pour les entreprises nationales qui font face, aujourd’hui, à un contexte commercial mondial des plus incertains, de revoir la nature et l’étendue des garanties nécessaires et de couvrir, aussi, certains risques spécifiques liés aux modifications réglementaires affectant les flux ou les contrats commerciaux.
Plus globalement, comment percevez-vous l’évolution du marché de la réassurance, en Algérie et à l’échelle mondiale, dans un contexte de tensions commerciales internationales accrues, depuis l’entame de 2025 ?
Une chose est certaine, la multiplication des risques et l’exacerbation des conflits accentuent les fluctuations économiques et la volatilité des marchés. Cela pourrait limiter la capacité des compagnies de réassurance à absorber tous les risques, entraînant ainsi une hausse des primes et un durcissement des conditions de souscription. D’autant plus que les réassureurs, qui investissent massivement dans les marchés financiers, pourraient être affectés par l’incertitude économique et la baisse de la croissance attendue.
Farid Sakhri