Un potentiel mis en lumière lors du salon SIPSA-Filaha
LE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE SAHARIEN, LEVIER STRATÉGIQUE POUR LES ASSURANCES
L’agriculture saharienne occupe une place centrale dans les efforts déployés, au niveau national, dont l’objectif est de garantir la sécurité alimentaire. Toutefois, son développe- ment est lié à plusieurs défis : nature du sol, productivité, rentabilité des cultures, sélection adéquate des semences et protection des récoltes contre les vents de sable et les effets du changement climatique. Dans cette dynamique, les sociétés d’assurance peuvent jouer un rôle essentiel en accompagnant les agriculteurs face à la multiplication des risques.
La tenue, fin mai dernier, de la 23ème édition du Salon international SIPSA-Filaha a mis en évidence, une fois de plus, le dynamisme des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, en Algérie.
Rassemblant 750 exposants venus de 39 pays, cette manifestation a constitué une véritable vitrine pour le potentiel agricole national, tout en illustrant l’intérêt croissant des investisseurs étrangers pour le marché algérien.
Symbole de la volonté des pouvoirs publics de renforcer la souveraineté alimentaire, l’agriculture saharienne est, désormais, au cœur des priorités nationales. À ce titre, quelque 400 000 hectares ont été attribués ces dernières années à de grands investisseurs pour la culture de produits stratégiques tels que les céréales, les oléagineux, les fourrages ou encore la betterave à sucre.
Cette orientation vers le Sud est perceptible, à travers les stands de grandes entreprises et d’investisseurs étrangers présents au salon, qui misent, désormais, sur l’agriculture saharienne. Un exemple emblématique est celui du projet qatari Bladna, dont le stand de 200 m² reflète toute l’ampleur : un investissement de 3,5 milliards de dollars pour l’exploitation de 270 000 hectares dans le sud-ouest algérien. Ce mégaprojet prévoit l’élevage de 272 000 têtes de bétail, principalement des vaches laitières, avec un objectif de production de 1,7 milliard de litres de lait par an. À l’horizon 2034, il vise l’autosuffisance de l’Algérie en poudre de lait.
Ce type d’investissement ouvre des perspectives considérables non seulement pour le développement de l’assurance agricole, mais aussi pour la croissance globale du secteur des assurances. En effet, la mise en service de nouveaux complexes agricoles et le lancement de projets d’envergure dans le Sud créent une véritable fenêtre d’opportunités pour les assureurs.
La présence massive de fournisseurs étrangers de matériels agricoles (moissonneuses, tracteurs, systèmes d’irrigation, produits phytosanitaires) témoigne du processus de mécanisation en cours et de l’ambition du pays de passer à une agriculture durable. Au stand de Sonatrach, par exemple, il a été révélé que le géant énergétique national s’implique activement dans la stratégie de sécurité alimentaire. Sa filiale AAA exploite actuellement trois périmètres agricoles, récemment attribués :
Adrar : 16 000 hectares (depuis août 2023) consacrés aux cultures de blé dur et tendre ; Touggourt : 4 022 hectares (janvier 2023), mêmes cultures ; Gassi Touil 2 à Ouargla : 2 433 hectares (novembre 2023), spécialisés également dans les céréales.
Un autre périmètre plus ancien, Gassi Touil 1, de 1 000 hectares (attribué en 2006), est destiné au blé, au maïs et au tournesol. « Nous avons l’ambition d’accroître les superficies mises en valeur et de renforcer la production nationale de cultures stratégiques, pour contribuer à la sécurité et à la souveraineté alimentaires du pays », a affirmé le PDG de AAA, M. Arar.
Cosider Agro, filiale du groupe public Cosider, présente, elle aussi, ses activités : 16 000 hectares à Adrar ; 4 022 hectares à Touggourt ; 17 000 hectares dans les Hauts Plateaux (à Khenchela, où elle développe également une activité aquacole avec l’élevage du tilapia). Parmi les autres principaux acteurs, le groupe Soummam qui s’est vu attribuer 20 000 hectares à Ouargla. Le groupe Cevital a obtenu des périmètres à El Meniâ, Ghardaïa et Ouargla, pour y développer la culture de la betterave à sucre et des oléagineux. L’entreprise italienne Bonifiche Ferraresi (BF) prévoit, quant à elle, de cultiver céréales et légumineuses sur 36 000 hectares à Timimoun, pour un investissement de 420 millions d’euros. Ces initiatives contribuent à l’émergence de pôles agricoles dans plusieurs wilayas du Sud : Adrar, Touggourt, Ouargla, Timimoun, El Meniâ et Ghardaïa.
Néanmoins, cette agriculture saharienne est liée à des défis à relever en matière de productivité, de mécanisation, de sélection variétale, de protection phytosanitaire et d’adaptation aux changements climatiques. D’où l’importance cruciale du rôle des Compagnies d’assurance. Ces dernières devront répondre à de nouveaux besoins : couverture des cultures et des récoltes ; protection des équipements agricoles (tracteurs, systèmes d’irrigation, matériel de récolte) ; assurance des activités d’élevage et aquacoles.
Concernant le secteur agroalimentaire, le groupe Madar vient de mettre en service la raffinerie de sucre Tafadis, à Boumerdès. Il prévoit également d’exploiter 20 000 hectares à Ouargla pour y cultiver la betterave sucrière et, ainsi, réduire sa dépendance aux matières premières importées. Par ailleurs, Madar lancera prochainement, à Jijel, le com- plexe Kotama, destiné à la production d’huile de table et d’aliments pour bétail. Tout comme Soummam et Cevital, Madar s’engage dans une démarche de réduction de la facture alimentaire et d’intégration de l’industrie agroalimentaire. Enfin, le salon a révélé un essor notable des usines de production d’aliments pour bétail et élevage avicole. À titre d’exemple, la SARL Cofeed, présente au SIPSA, a récemment mis en service un complexe agroalimentaire intégré à Mohammadia (Mascara). Ce complexe regroupe une unité de fabrication d’aliments pour bétail, une unité de trituration de graines oléagineuses et un espace de stockage. Cofeed prévoit de couvrir 20% des besoins nationaux en huile de soja et 40% des besoins en tourteaux de soja destinés à l’alimentation animale. La multiplication de ces installations industrielles implique inévitablement une couverture assurantielle adaptée aux risques induits. Ainsi, le secteur des assurances est, aujourd’hui, face à une opportunité majeure de croissance de la branche agricole, à condition de s’adapter à ces nouvelles réalités économiques et agricoles.
Khaled Remouche