Mme Ngassa Fleur, Financial Analyst à AM Best-Rating Services :
NÉCESSITÉ D’ASSURER UNE « SUPERVISION RIGOUREUSE » DU SECTEUR DES ASSURANCES
Mme Ngassa Fleur, Financial Analyst chez AM Best, porte un regard positif sur les perspectives du marché algérien des assurances. Dans cet entretien, réalisé en marge d’une rencontre sur la notation dans le secteur des assurances, organisée fin avril dernier à Alger, elle revient sur les réformes législatives en cours, sur le potentiel de croissance encore sous-exploité, notamment dans l’assurance des particuliers, ainsi que sur les conditions nécessaires pour attirer les investissements étrangers.
Revue de L’ASSURANCE : Vous évoquez une perspective positive pour le marché algérien des assurances. Quelles sont, selon vous, les réformes les plus structurantes actuellement en cours qui pourraient transformer durablement ce secteur ?
Mme Ngassa Fleur : Parmi les réformes qui pourraient durablement impacter le secteur d’assurances en Algérie, AM Best a pris note des réformes économiques visant à diversifier les revenus du pays en dehors du secteur des hydrocarbures. Ces initiatives contribueraient non seulement à renforcer la stabilité économique du pays (moteur de croissance du secteur d’assurances) mais, surtout, à promouvoir des secteurs qui sont peu couverts par les sociétés d’assurances, tels que l’agri culture et les PME. L’essor de ces secteurs économiques motiverait leurs acteurs à recourir davantage aux produits d’assurances pour protéger leurs activités. Les réformes sont soutenues par des initiatives du secteur des assurances, avec l’appui du régulateur, pour assurer le respect de la règlementation en vigueur, promouvoir la qualité des services fournis par les sociétés d’assurances locales et redorer l’image de l’industrie d’assurances locale. À cet égard, AM Best porte une attention particulière aux propositions formulées dans le cadre de la Loi en projet sur les assurances visant à renforcer la gestion des risques et la supervision réglementaire.
Le taux de pénétration de l’assurance reste faible, en Algérie. Quels leviers concrets préconisez- vous pour élargir la couverture assurancielle, notamment dans le segment des Assurances des Personnes et des particuliers ?
La faible pénétration du secteur d’assurances en Algérie, en deçà de 1%, reflète, entre autres, une concentration du marché, sur la branche Automobile, qui représente presque la moitié des assurances directes Non-Vie, alors que la branche Dommages reste concentrée sur les produits d’entreprises, et que les assurances-vie représentent moins de 10% des primes brutes émises par les assureurs directs. Pourtant, ces branches d’activité présentent également un fort potentiel de croissance, découlant de l’essor socio-économique de l’Algérie, caractérisée entre autres par sa population jeune et une classe moyenne grandissante. C’est la raison pour laquelle, selon AM Best, le taux de pénétration du marché d’assurances, en Algérie, pourrait être boosté par le développement de ces branches d’activité, surtout celui des assurances dommages de parti culiers.
Selon vous, il y a un fort potentiel de développement des capacités d’assurance et de réassurance. Dans ce sens, comment le secteur peut-il mieux se préparer à l’arrivée d’investissements étrangers ?

Pour mieux accueillir les investissements étrangers, il est important de renforcer le cadre réglementaire du marché d’assurances local, l’exécution et la supervision des textes et lois en vigueur. C’est à cet effet qu’AM Best porte un regard positif sur le projet de Loi sur les assurances en cours d’élaboration. Elle propose notamment un renforcement des systèmes et procédures de gestion de risques et de gouvernance, qui font partie du module de la gestion des risques d’entreprise, un pilier des ana- lyses de l’agence de notation. De telles initiatives amélioreraient la croissance et la rentabilité des affaires d’assurances à long terme. Et, combinées avec les efforts de communication en cours sur les atouts du marché, elles rassureraient davantage les investisseurs étrangers sur la durabilité de leurs investissements. Cependant, sachant qu’un des défis majeurs du marché reste la mise en application des textes et lois en vigueur, liée à des facteurs tels que la perception négative du sec pervision rigoureuse du secteur pour que ces initiatives portent leurs fruits.
Quelles sont, selon vous, les mesures législatives prioritaires devant permettre d’accompagner la modernisation du secteur ?
Dans la réponse à la question précédente, la gestion des risques est déjà mentionnée comme un élément important á la transformation du secteur. Mais en ce qui concerne la modernisation du secteur, l’accent mis sur sa digitalisation représente un levier prioritaire. Le projet de Loi sur les assurances indique qu’il serait requis des assureurs qu’ils mettent sur pied des systèmes opérationnels notamment pour faciliter la distribution des produits d’assurances et le règlement des sinistres ; ce qui contribueraient à améliorer la croissance et la rentabilité du secteur par le rapprochement entre assureurs et assurés, par la croissance des primes d’assurances, et par les efficiences opérationnelles, entre autres. AM Best a aussi pris note des efforts de digitalisation déjà fournis au niveau de l’industrie d’assurances, dirigés par le régulateur, avec la mise sur pied en cours d’une base de données des assurances Automobile, qui renforcerait le processus de souscription pour les assureurs et la super- vision du secteur par les autorités.
Melissa Mokdad