« LE POTENTIEL EST PRÉSENT, MAIS LE MARCHÉ PEINE À SE DÉVELOPPER »
LE POTENTIEL EST PRÉSENT, MAIS LE MARCHÉ PEINE À SE DÉVELOPPER
L’assurance du patrimoine et des biens culturels est, avant tout, un enjeu crucial pour la préservation de

l’héritage national ou local, qu’il soit matériel ou immatériel. Les œuvres d’art, les monuments historiques, les manuscrits anciens et autres trésors culturels constituent des témoins précieux de notre passé collectif et de notre identité. Cependant, ces biens culturels sont souvent vulnérables face à divers risques tels que les catastrophes naturelles, les vols, les incendies ou les actes de vandalisme. Dans ce contexte que l’assurance du patrimoine et des biens culturels joue un rôle fondamental. Le Directeur commercial de la Compagnie algérienne des assurances (CAAT), M. Tchamakdji Ali, explique à la Revue de L’ASSURANCE les différentes facettes de l’assurance consacrées à ce créneau, en mettant en lumière les types de risques couverts par le marché national des assurances, particulièrement par la CAAT, les polices d’assurances disponibles ainsi que les enjeux et les défis qui y sont liés.
M. Tchamakdji explique que l’assurance du patrimoine et des biens culturels constitue une niche importante à explorer pour le développement du secteur. « L’assurance du patrimoine culturel vise à protéger les biens culturels contre divers risques, tels que les incendies, les vols, les catastrophes naturelles et les actes de malveillance », indique-t-il en relevant que « ce marché, à travers le monde, connaît une croissance importante en raison de la valeur croissante des biens culturels et de la prise de conscience accrue de la nécessité de les préserver. » « Cependant, l’assurance du patrimoine culturel reste une niche, particulièrement dans les pays développés où la concurrence est forte et l’expertise pointue », souligne M. Tchamakdji en précisant qu’« en Algérie, bien que le potentiel soit présent, du fait de la richesse du patrimoine culturel national, ce marché peine à se développer. »

Ce Directeur à la CAAT tient à souligner que « cela s’explique par un manque de produits d’assurance spécialisés, une culture du risque encore timide et des coûts potentiellement élevés. » « Néanmoins, le développement de ce marché est crucial pour la préservation de la richesse culturelle algérienne », ajoute-t-il non sans ajouter qu’ « en s’attaquant aux défis identifiés et en proposant des
solutions innovantes et adaptées, les acteurs du secteur de l’assurance peuvent jouer un rôle déterminant dans la protection et la valorisation de l’héritage culturel du pays. »
À la question de savoir quels sont les objets culturels qui s’assurent et quels types de couverture sont nécessaires pour les protéger, le directeur commercial de la CAAT fait observer qu’« en Algérie, le patrimoine culturel, riche et diversifié, se décline en une multitude de biens assurables » et que « les compagnies d’assurance peuvent proposer des solutions sur mesure pour chaque catégorie, garantissant une protection adéquate et personnalisée. »
Selon M. Tchamakdji, divers exemples sont à citer, dans le cadre des assurances liées au domaine culturel :
- « Pour les sites archéologiques comme celui de Timgad ou Tipasa, et les monuments historiques, comme le Maqam Chahid à Alger, une couverture contre les dommages causés par les intempéries, les catastrophes naturelles, les actes de vandalisme et les travaux de construction.
- Les musées et les galeries d’art doivent bénéficier d’une protection pour leurs collections permanentes et temporaires, comme celles du Musée national des Beaux-Arts d’Alger, couvrant les dommages, les pertes et les vols, ainsi que les expositions itinérantes.
- Les bibliothèques et les archives, telle la Bibliothèque nationale d’Algérie, peuvent souscrire à une assurance incluant les risques d’incendie, de dégâts des eaux, d’infestations de parasites et de vols de documents précieux.
- Quant aux objets d’art et aux artefacts, comme les pièces archéologiques du Musée national des Antiquités et des Arts Islamiques, une couverture doit être proposée contre les dommages, les pertes et les vols, qu’il s’agisse de pièces uniques ou de collections privées. »
Face à la nature unique et précieuse des biens culturels, les compagnies d’assurance proposent, comme l’indique le Directeur commercial de la CAAT,
« des couvertures spécifiques adaptées aux risques particuliers de ce segment » et « ces conditions, parfois strictes et contraignantes, reflètent le degré élevé d’exposition aux risques ainsi que les valeurs d’assurance importantes engagées par l’assureur. » « Les compagnies peuvent également s’appuyer sur des supports de réassurance facultative, étant donné que les contrats classiques excluent expressément ce genre de biens assurables », relève-t-il en expliquant que « cette approche permet de couvrir des risques spécifiques liés au patrimoine culturel,
tout en garantissant une protection adéquate et sur mesure. L’assurance du patrimoine culturel en Algérie devrait jouer ainsi un rôle crucial dans la préservation et la valorisation de l’héritage national, contribuant à sauvegarder l’identité algérienne et à promouvoir le développement économique du secteur culturel. »
Processus complexe d’évaluation des biens culturels
L’évaluation de la valeur des biens culturels pour fixer les primes d’assurance est, d’après notre interlocuteur, « un processus complexe qui requiert une expertise pluridisciplinaire » et que, dans notre pays, « ce défi est amplifié par la rareté des experts en la matière. » « Combinant des approches comme la valeur de remplacement, la valeur de marché et la valeur intrinsèque, les assureurs s’appuient sur des experts professionnels qualifiés (historiens d’art, conservateurs, archéologues, etc.) et collaborent étroitement avec les propriétaires pour cerner la valeur historique, artistique, scientifique et symbolique de chaque bien », poursuit M. Tchamakdji en indiquant qu’ « en effet, l’assurance des biens culturels est un domaine très peu développé en Algérie, et la demande pour ce type de service n’a pas encore atteint un niveau suffisant pour stimuler la formation et l’émergence d’un nombre acceptable d’experts spécialisés. » C’est, d’ailleurs, ce qui amène notre interlocuteur à affirmer que « cette situation peut entraîner des difficultés pour les compagnies d’assurance à trouver les compétences nécessaires pour évaluer correctement la valeur des biens culturels algériens, ce qui peut avoir un impact sur la précision des primes d’assurance et la qualité de la couverture offerte. »
Pour pallier cette rareté d’experts, les compagnies d’assurance peuvent, selon M. Tchamakdji « se tourner vers des experts internationaux ou collaborer avec des institutions spécialisées dans le patrimoine culturel algérien ». En sus, précise-t-il, « la sensibilisation à l’importance de l’assurance des biens culturels et la promotion de la formation d’experts locaux sont des actions essentielles pour renforcer les capacités d’évaluation et améliorer la protection du patrimoine culturel algérien. » « Des efforts conjoints de la part des compagnies d’assurance, des institutions spécialisées et des autorités publiques sont nécessaires pour renforcer les capacités d’évaluation et garantir une protection adéquate du riche patrimoine culturel algérien », enchaîne-t-il, à ce propos.
Processus de souscription et de réclamation en cas de dommages ou de pertes
Face à un dommage ou une perte d’un bien culturel assuré, un processus de réclamation bien défini est mis en place pour garantir une indemnisation juste et rapide, comme l’explique ce directeur commercial de la CAAT : « La déclaration du sinistre dans les délais impartis, suivie de l’expertise des dommages par un professionnel mandaté par l’assureur, constituent la première étape. » Ensuite, indique-t-il, « l’instruction minutieuse du dossier de réclamation, comprenant l’analyse du rapport d’expertise et des pièces justificatives, permet de déterminer la recevabilité de la demande et le montant de l’indemnisation à verser à l’assuré », alors que « le versement de l’indemnisation, selon le mode convenu dans le contrat, permet à l’assuré de réparer les dommages, de remplacer le bien sinistré ou de compenser sa perte financière. » M. Tchamakdji souligne qu’« il est crucial de respecter les délais de prescription et de s’informer des exclusions contractuelles pour une gestion optimale du sinistre. ».
S’agissant des conditions de souscription à une assurance de produits ou objets culturels, M. Tchamakdji fait savoir que « souscrire à une assurance pour les biens culturels exige des démarches particulières, compte tenu de la nature précieuse et unique de ces objets assurables. » « En plus des informations habituelles sur l’assuré et le bien, le client doit généralement fournir une description détaillée du bien culturel, incluant son histoire, sa provenance, et des détails sur sa provenance historique, son état de conservation, et sa valeur estimée. Les assureurs peuvent également demander des informations sur les mesures de sécurité mises en place pour protéger le bien, telles que la surveillance, les systèmes d’alarme ou les conditions de stockage », explique-t-il. Et d’ajouter, dans le même ordre d’idée, que « certaines compagnies d’assurance peuvent également exiger des expertises ou des certificats d’authenticité pour les biens de grande valeur ?» et que « les garanties et les exclusions contractuelles peuvent être spécifiques aux biens culturels, incluant par exemple les risques liés au transport, aux expositions, aux catastrophes naturelles ou aux vols d’œuvres d’art. » « Il est essentiel de comprendre ces exigences spécifiques et de travailler en étroite collaboration avec l’assureur pour garantir une couverture appropriée aux biens culturels précieux », indique ce Directeur.
Un segment prometteur à développer
À une question relative à la part de l’assurance de ces produits et objets culturels dans le chiffre d’affaires de la CAAT, M. Tchamakdji Ali répond qu’« en Algérie, l’assurance des biens culturels se profile comme un segment prometteur au sein de l’industrie d’assurance, bien que son développement peine encore à

démarrer. » « Évaluer, précisément, la part de ce marché demeure un défi, tant pour notre compagnie que pour l’ensemble du secteur, que ce soit en se basant sur son état actuel ou en le comparant à son potentiel », admet-t-il. « En effet, ce type de biens culturels est actuellement assuré avec des couvertures souvent similaires à celles du patrimoine classique, ce qui rend difficile la quantification des primes inhérentes à ce patrimoine spécifique », résume-t-il, à ce sujet.
Cependant, il ajouté qu’« il est très probable que cette part soit extrêmement faible pour de multiples raisons. » M. Tchamakdji cite à titre indicatif, les éléments et facteurs suivants :
- Marché très peu-développé : L’assurance des biens culturels est un domaine qui n’est pas suffisamment développé, en Algérie, avec une demande encore timide de la part des collectionneurs, institutions culturelles et propriétaires d’objets d’art.
- Manque de sensibilisation : La sensibilisation des acteurs culturels et des propriétaires d’objets patrimoniaux à l’importance de l’assurance demeure insuffisante, ce qui freine l’adoption de ces produits d’assurance.
- Spécificités du marché : La nature unique et précieuse des biens culturels exige des expertises et des couvertures d’assurance spécifiques, ce qui complexifie la tarification et la gestion des risques pour les compagnies d’assurance.
En outre, le Directeur commercial de la CAAT estime que « malgré ces défis, le potentiel de croissance de ce segment est considérable à long terme » et « la richesse du patrimoine culturel algérien et l’évolution des mentalités vers une meilleure préservation des biens culturels pourraient stimuler la demande pour des solutions d’assurance plus adaptées » et « pour saisir cette opportunité et se positionner comme un acteur clé, dans ce domaine d’avenir, notre compagnie doit s’investir davantage, afin de :
- Développer des partenariats avec des institutions culturelles et des experts spécialisés ;
- Mener des campagnes de sensibilisation pour promouvoir l’assurance des biens culturels ;
- Concevoir des produits d’assurance innovants et adaptés aux besoins spécifiques de ce segment. »
Enfin, M. Tchamakdji souligne qu’« en adoptant une approche proactive et en investissant dans le développement de ce marché, notre compagnie peut tirer profit d’une croissance prometteuse et contribuer à la préservation du riche patrimoine culturel algérien. »
Melissa Mokdad