REVUE DE L'ASSURANCE N°46

M. Orif Mustapha : Les principaux risques auxquels les œuvres d’art sont exposées sont les incendies, les vols, les dégâts des eaux et les actes de vandalisme. Cela est dû au fait que la majorité des œuvres d’art, hors musées, sont détenues par des particuliers et des artistes. Elles ne sont pas suffisamment assurées, car les artistes et les collectionneurs préfèrent garder secrètes leurs possessions. Beaucoup d’entre eux les incluent dans leur assurance Multirisque Habitation (MRH), sans savoir qu’il existe, en Algérie, une garantie spécifique pour objets précieux. Cette garantie peut être mise en œuvre, sous réserve de dresser la liste des œuvres détenues et de la communiquer à la compagnie d’assurance. Enfin, selon mon expérience de marchand d’art, il semblerait que les compagnies d’assurances privées soient plus réactives que les compagnies publiques, pour garantir les œuvres d’art.

S’agissant des œuvres d’art, le produit le plus répandu en Algérie est la Multirisque Habitation. Les garanties spécifiques couvrant les collections d’art, y com- pris celles détenues par les entreprises, ne sont pas mises en œuvre dans notre pays. Cela est dû, d’une part, au fait que les collectionneurs privés et les artistes négligent cet aspect et, d’autre part, au fait que les garanties spécifiques soient basées sur les valeurs agréées. Or, ces dernières ne peuvent être proposées par les compagnies, faute d’experts en œuvres d’art. Les compagnies d’assurances ont, donc, beaucoup de travail à faire, dans ce domaine. Il serait, par exemple, opportun de permettre aux experts en œuvres d’art d’expertiser et de s’adonner à des transactions commerciales, car ces experts sont des marchands ou des courtiers.

Les points importants à négocier, avec un assureur, sont ceux relatifs au montant de la prime d’assurance, car la détermination des conditions pour assurer des œuvres d’art incombe à l’assureur, puisque c’est lui qui assume le risque, en cas de sinistre. Dans le cas de l’assurance pour une collection privée, c’est l’assureur qui fixe les conditions. Il peut, par exemple, exiger un système d’alarme si la collection assurée est importante ou située dans un environnement isolé. Le collectionneur doit apporter les preuves de la valeur de ses œuvres par tous moyens (factures, certificats d’authenticité, propositions chiffrées pour une acquisition, etc.) et, si possible, une expertise en bonne et due forme décrivant chaque œuvre (titre, dimensions, technique, etc.).

Le marché de l’assurance des œuvres d’art est faible, pour les raisons évoquées ci-dessus, et, dans le même temps, très porteur. Une étude devait être effectuée par les compagnies d’assurance, en vue de développer ce segment et offrir des garanties adaptées au marché algérien.

Les compagnies d’assurance devraient se rapprocher du secteur de la culture, notamment le ministère en charge du secteur pour faire émerger des experts parmi les marchands et les historiens de l’art, ainsi que les archéologues formés, en Algérie, et ce, en vue de développer les garanties en valeur agréée, seules formules commercialement porteuses pour ces compagnies.

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