M. Assad Chabane, Dirigeant de FINABI, cabinet spécialisé dans le conseil financier :
ENCOURAGER LA CRÉATION DES ASSURTECHS
Revue de L’ASSURANCE : Quel est le rôle que devra jouer le secteur des assurances pour renforcer l’inclusion financière ?
M. Assad Chabane : L’indicateur pertinent qui mesure le rôle que devrait jouer le secteur des assurances pour renforcer l’inclusion financière est la production des assurances de personnes (classique et islamique), son évolution dans le temps et son poids dans la circulation fiduciaire (masse monétaire en dehors du secteur financier). A la fin 2023, la production des assurances de per- sonnes classique a été de 17,62 milliards de dinars. L’évolution par rapport à 2022 a été de 7,1%. La production des assurances de personnes islamique (principale- ment l’assurance Takaful familial) a connu un bond exceptionnel en 2023. Elle a été de 85,18 millions de dinars en 2023, alors qu’elle ne dépassait pas 18,98 millions de dinars en 2022. L’augmentation a été exponentielle à hauteur de 348,9%. Ce gap significatif entre l’évolution de la production des assurances de personnes classique et islamique renseigne sur le fait que les particuliers ont une appétence pour les produits assurantiels islamiques. Cependant, le poids de la production des assurances de personnes est marginal dans la circulation fiduciaire. Fin septembre 2023, la circulation fiduciaire (masse monétaire en dehors du secteur financier) a atteint un niveau de 8.122 milliards de dinars. La production totale des assurances de personnes estimée à 18,47 milliards de dinars en 2023 est non significative pour le moment afin d’améliorer l’inclusion financière. Cependant, le potentiel est immense, car l’évolution ces dernières années est intéressante voire stratégique pour les assurances de personnes islamiques. Pour booster le rôle du secteur des assurances dans l’amélioration de l’inclusion financière, il est nécessaire de repenser la politique commerciale des compagnies des assurances, d’encourager la création des assurtechs pour capter plus de production via les véhicules digitaux et surtout créer de nouveaux produits « algérianisés » dirigés vers le segment assurances vie. Le potentiel du secteur des assurances pour drainer l’épargne des algériens est réel. Le risque de maladie, d’accident domestique, de décès en dehors d’un crédit bancaire, d’incapacité de travail sont partiellement couverts aujourd’hui. Certains produits existent cependant la politique commerciale doit être plus agressive et numérique. Les réseaux sociaux ne sont pas assez envahis par les compagnies d’assurances. Proposer de système de retraite alternatif aux personnes physiques qui activent actuellement dans le secteur informel pourrait être la mèche qui permettra de créer un cercle vertueux pour les accueillir dans le secteur formel. Enfin, pro- poser des systèmes de retraites complémentaires pourrait être une bonne piste d’amélioration du pou- voir d’achat des retraités.
Pensez-vous que l’institution de nouveaux produits et offres d’assurance islamique, à savoir l’assurance Takaful, peut contribuer à assurer et à consolider l’inclusion financière ?
Oui, car les chiffres le confirment. Une évolution de la production des assurances de personnes islamique de 348,9% entre 2022 et 2023, alors que la production des assurances de personnes classique n’a connu qu’une évolution de 7,1% et enfin la production globale du secteur n’a connu qu’une évolution de 3,5% ! A notre avis, la stratégie du régulateur doit être dirigée vers ce segment, car il commence à porter des fruits dans le domaine de l’inclusion fi- nancière. Trois vecteurs d’amélioration (indicateurs d’action): Algérianisation des produits (innovation qui respecte nos valeurs et codes sociétaux), stratégie commerciale originale et agressive et numérisation.
Quels sont les mécanismes que devra mettre en place, la place financière, de manière générale, pour at- teindre des niveaux supérieurs en matière d’inclusion financière ?
Le chantier névralgique de la numération a été entamé. Cependant, nous estimons que cet outil d’amélioration de l’inclusion financière est efficace en aval. Sans les mécanismes en amont, les résultats seront mitigés. Les outils en amont de la réforme urgent pour réussir le défi de capter les ressources financières qui circulent en dehors du secteur financier. Le seul outil en amont qui a été mise en place et qui est une réussite palpable est la finance islamique. Les produits bancaires islamiques connaissent une ascension fulgurante.
A fin 2022, l’encours des dépôts relevant de la finance islamique est estimé à 546,7 milliards de dinars contre 442,1 milliards de dinars à fin 2021 et 340 milliards de dinars à fin 2020, soit une croissance de l’ordre de 23,6 % à fin 2022 contre une croissance de 30 % à fin 2021. La croissance des produits d’assurance islamiques connaît une croissance encore plus importante. Voir la réponse à la deuxième question. Toutefois, d’autres mécanismes en amont doivent être mis en place :
- La réforme fiscale : simplifier procédures fiscales et réduire le coût fiscal afin d’inciter les agents activant dans le secteur informel à bancariser leurs transactions.
- Développer la grande distribution ;
- Transformer la poste en banque postale ;
- Développer la finance de marché (la bourse) en privatisant une partie du secteur public économique à l’instar de ce qui a été réalisé pour le CPA et prochainement la BDL et Djezzy afin d’inciter les algériens à l’investissement financier.
- La bancarisation des étudiants en leur proposant des crédits pour financer leurs études dans les universités privées et les centres de formation.
Melissa Mokdad