M. Meddah Souhil, Expert en ingénierie financière :
L’INCLUSION FINANCIÈRE FAVORISE L’ACCÈS AUX CRÉDITS ET AUX FINANCEMENTS DIVERS
Dans cet entretien, M. Meddah Souhil, Expert en ingénierie financière, définit l’épargne et énumère les facteurs favorisant sa croissance et son utilisation comme levier pour promouvoir l’inclusion financière. M. Meddah souligne l’importance d’une bonne éducation financière pour améliorer l’utilisation des services et produits financiers. Pour les innovations technologiques. Il assure qu’elles permettent des interfaces, en temps réel, pour toutes les opérations. Interrogé sur le poids de l’inclusion financière par rapport aux initiatives de micro-assurance, il explique qu’elle peut s’adosser au système de l’assurance classique, en misant sur les souscriptions limitées et ciblées, notamment pour des secteurs à faibles revenus ou à risques.
Revue de L’ASSURANCE : Nombre d’acteurs du secteur financier misent sur l’épargne pour promouvoir l’inclusion financière. Quelles sont les perspectives de réussite de l’épargne dans le contexte actuel d’accessibilité aux services bancaires et d’assurance ?
M. Meddah Souhil : Par définition abstraite, l’épargne correspond à la quotepart des revenus qui n’est pas dépensée en biens ou en services de consommation et qui peut, à la fois, être considérée comme une valeur monétaire statique ou réservée pour une dépense future différée ou décalée. Cette épargne peut résulter de la différence entre des revenus en hausse et des dépenses qui n’évoluent pas avec le niveau des revenus, ou, a contrario, elle peut provenir d’une réduction des dépenses face à une situation socioéconomique incertaine. Mais, une épargne financière peut ou doit également servir, dans un cadre macro-économique, les différents plans d’amorçage ou d’apports en flux directs, en consommation, en investissement, permettant des effets de multiplication des valeurs monétaires à travers des actions capitalisées en participations ou en placements de diverses natures ou, d’autre part, pour servir une sphère financière attachée aux espaces réels marchands, qui se forment par des modélisations ou des formations de solutions qui génèrent des capitaux et des revenus divers, à la fois, pour le compte des épargnants, des institutionnels et des émetteurs individuels ou collectifs. Et le fait de miser sur cette épargne, quelle que soit sa forme, pour promouvoir l’inclusion financière implique plusieurs stratégies et mesures pour attirer les épargnants individuels ou collectifs sous-desservis à utiliser des services financiers for- mels, institutionnels et bancaires en analysant les approches de leur sensibilité, leur accessibilité, les services qui leurs sont adaptés sur le plan technique et intersectoriel.
Quels sont les facteurs qui encouragent l’utilisation efficace de l’épargne et sa croissance financière ?
En effet, il convient d’énumérer les critères qui permettent de promouvoir le recyclage de l’épargne et sa multiplication financière à travers toutes les sphères, notamment sur l’éducation financière qui rassemble tous les éléments pour informer les agents économiques, en particulier ceux qui sont les moins dynamiques dans la boucle financière formelle (les individus et ménages) qui considèrent que les valeurs monétaires sont des acquis ou des biens conservables rattachés à un patrimoine, contrairement aux dogmes financiers qui les qualifient d’instruments et de moyens pour constituer les capitaux, afin d’en dégager des plus-values, de participer aux distributions, aux redistributions et aux partages des valeurs. Des instruments qui se matérialisent, en contrepartie des services bancaires ou des services de placements, ainsi qu’en contributions mutualisées dans le domaine des assurances, telles que les assurances de personnes.
Le deuxième critère concerne l’accessibilité aux services et offres financiers, qui doit se naturaliser dans l’état d’esprit des personnes, qu’elles soient actives ou qu’elles aient besoin de moyens de financements compensateurs pour leur bien-être. Ces personnes feront nécessairement appel aux institutions financières pour domicilier leurs revenus ou leurs richesses monétaires, et elles demeureront fidèles et connectées à cette sphère, même après l’extinction de leurs besoins. Dans cette configuration, l’espace financier institutionnel est appelé, avant tout, à attirer les potentiels souscripteurs d’apport financier par le biais de l’offre de financement et à faciliter l’accès aux ressources financières, leur permettant de gérer leur consommation et leurs flux financiers courants sous forme scripturale ou via des services numériques et mobiles, tout en élargissant l’étendue géographique de la couverture bancaire et en exploitant les technologies mobiles et autres.
Ensuite, il s’agit des produits financiers adaptés, qui doivent se familiariser et se naturaliser avec la flexibilité des attentes des personnes ou de leurs activités qui se pratiquent dans d’autres sphères. Dans ce segment de problématique, il est beaucoup plus question d’orienter les sources marginales de revenus des personnes vers des circuits règlementés. À titre d’exemple, la population lambda qui tire des bénéfices et des gains sur les marchés de l’immobilier ou autres, à titre strictement personnel, faisant face à divers risques légaux ou autres, représente un gisement potentiellement mobilisable dans le domaine du négoce titrisé et institutionnalisé dans un environne- ment qui leur assure transparence et sécurité, en même temps. Dans le même contexte des produits financiers, les institutions financières peuvent rendre leurs produits et services plus flexibles, en enrichissant leurs dispositifs classiques avec des produits adaptés à la micro-épargne temporaire ou aux placements complémentaires en assurances sous forme de couvertures directes ou de couver- tures mutualisées.
Enfin, les incitations par des avantages de recoupements fiscaux sur les flux et revenus des personnes, notamment sur leurs activités extraprofessionnelles, sont utiles pour impliquer leur contribution attachée aux secteurs des activités marchandes courantes et régulières.
Comment l’éducation financière peut-elle contribuer à promouvoir des comportements financiers responsables et permettre une meilleure utilisation des services financiers ?
Le concept d’éducation financière, de plus en plus répandu, se définit par l’ensemble des connaissances conceptuelles et des ressources mises à la disposition des agents économiques (individus et opérateurs). L’objectif est de les aider à analyser, de manière rationnelle, les indicateurs financiers, à effectuer des choix judicieux et à prendre des décisions éclairées. Cela inclut la capacité d’évaluer quels types de crédits et de placements conviennent le mieux à leurs objectifs, ainsi que la compréhension des évolutions macroéconomiques attractives susceptibles de les inciter à s’engager, dans ce domaine, qui est totalement méthodique et protégé. Une éducation bien impliquée peut jouer un rôle déterminant dans la promotion des comportements financiers des épargnants, avec une amélioration significative du recours et de l’utilisation des services financiers, ainsi que d’autres produits et services d’épargne. Cette éducation financière peut compter, à la fois, sur la vulgarisation et la démocratisation des pratiques et informations financières, ou en faisant naître de nouveaux métiers, dans le domaine du conseil financier aux personnes et aux ménages, pour la gestion des comptes personnels en épargne à vue ou à terme, par le budgeting particulier, par les méthodes de recherche et comparaisons des produits, par la planification financière pluriannuelle, par les services de la prévention des risques personnels et par la protection contre tout type d’action légalement non conforme.
De quelle manière les innovations et les technologies liées aux finances peuvent-elles accélérer le processus ? Pourrions-nous assister à un décollage proche des Fintech et des Insurtech, en Algérie ?
L’accélération du processus de gestion et de mobilisation de l’épargne dépend de plusieurs facteurs de connaissance, d’information, d’orientation, mais surtout d’accessibilité, de manœuvrabilité avec les pratiques de traite- ment et de conservation des données en toute sécurité. Le rôle des moyens innovants en technologie financière et de produits d’assurance est de permettre de fournir des inter- faces qui sont à la fois destinées à mettre des informations en temps réel, tout en accédant à toutes les formes d’opé- rations souhaitées et leur traitement rapide et efficace.
Les différents laboratoires et centres de conception de solutions qui sont annoncés peuvent contribuer en tant que fournisseurs de supports dédiés à faciliter les pratiques d’exécution des ordres de transfert des flux, ou d’achats et de ventes des services financiers et titres de placement ou de participation. Ils doivent notamment compter sur des plateformes de vitesse d’internet adaptée aux différentes actions qui, non seulement sont en relation avec des institutions spécialisées dans la gestion des réserves financières et des flux de transaction, mais qui sont également supposés offrir une sécurité aux usagers avec une gestion scrupuleuse de leurs ressources financières et de leurs avoirs en comptes courants ou des comptes à terme. Ces supports s’appuient, entre autres, sur les interfaces des services des paiements et transactions mobiles, sur les banques digitales qui sont en constante évolution ou sur d’autres applications de transfert simultané des valeurs d’épargne en investissement ou l’inverse, des simulations des projections ou de diffusion d’informations financières et autres conseils simplifiés et personnalisés. Il est à rap- peler également que l’innovation technologique compte fondamentalement sur l’apport
d’un écosystème qui implique l’apport des startups spécialisées dans les domaines des Fintech et des Insurtech pour animer et proposer des services de proximité adaptés aux personnes, aux opérateurs et autres usagers.
Comment l’inclusion financière peut-elle contribuer à l’amélioration de la couverture d’assurance ? Quel rôle les initiatives de micro-assurance peuvent-elles jouer pour élargir la couverture d’assurance ?
Il a toujours été question d’une problématique liée à l’acceptation ou non par les personnes de souscrire à des polices d’assurance ou pour des conventions de couver- ture des risques, pour des considérations qui sont liées à la culture ou au manque d’informations ou d’amoindrisse- ment de l’importance de ce secteur par rapport aux besoins imminents des opérateurs et des personnes. Dans ce sens, il faut rappeler que dans la question d’inclusion financière, les activités bancaires classiques et les activités de couverture assurance sont complémentaires et intimement liées, à travers des concepts de mixage des services tels que la banque-assurance ou à travers l’effet inverse, par la contribution du secteur des assurances dans la mise à contribution de ses ressources pour les financements réguliers ou en discontinu de certaines activités. Il s’agit des placements réguliers dans les titres du Trésor par exemple (pour les OAT), ou en recourant au marché de la dette par des appels aux financements, par des émissions obligataires ou en quasi-fonds propres pour le compte des émetteurs institutionnels activant dans le secteur financier ou bancaire.
Néanmoins, le poids de l’inclusion financière par rapport aux initiatives de micro-assurance peut s’adosser au système de l’assurance classique, en misant sur les souscriptions limitées et ciblées. Des souscriptions qui peuvent adopter une forme de couverture spécialisée dans des domaines à faibles revenus, comme le domaine de l’agri- culture ou des activités artisanales dans les zones rurales ou à risques climatiques ou de pertes corporelles. Aussi, de complémentarité synergétique dédiée aux cas des compléments maladies à court terme pour les personnes à bas salaire ou sur le long terme pour complémenter les pensions de retraite sous une forme intergénérationnelle, selon le degré d’engagement ou de collecte des contributions personnalisées en assiette ou en années des per- sonnes concernées.
Quels sont les impacts attendus de l’inclusion financière sur la croissance économique et le développe- ment social dans notre pays ?
Un processus d’inclusion financière aura tout le temps des impacts significatifs sur la croissance économique en général et sur le développement socioéconomique des agents économiques et acteurs spécialisés en particulier. Il servira notamment les sphères d’inclusion et de canalisation des opérations et une amélioration du niveau de l’épargne dans un cadre institutionnalisé et règlementé. Il favorisera l’accès aux crédits et aux financements divers pour les opérateurs et les particuliers. Il dotera la sphère bancaire d’une marge de manœuvre appréciable dans la constitution des ressources qui serviront les financements des projets d’investissement et la consommation. Ce processus déterminera aussi le degré d’intermédiation financière qui va se corréler avec le volume de lancement et de modernisation ou d’extension des projets d’investisse- ment, soit par la voie bancaire indirecte ou par les actions directes en equitys par l’espace financier de la Bourse.
Le processus d’inclusion financière aura aussi des impacts macroéconomiques importants, notamment dans la maîtrise des niveaux d’inflation qui sont en particulier relayés à la vitesse des flux financiers qui seront détenus dans le « pipe » règlement et, aussi, de servir l’écosystème qui va générer de la fiscalité ordinaire supplémentaire, avec de la croissance et la hausse du niveau du PIB.
Soraya Mokrane