REVUE DE L’ASSURANCE N°47

Abordant la situation de l’actuariat au sein du marché des assurances, le premier dirigeant de Salama Assurances préconise le renforcement de la formation des actuaires au niveau des universités, ainsi que la coopération avec les établissements homologues des pays avancés dans ce domaine, pour remédier au déficit. Il remet en cause, à la fois, la gestion des exigences actuarielles par les sociétés d’assurance et interpelle l’autorité de contrôle à cet effet

M. Benarbia Mohammed : Effectivement, il existe un déficit d’actuaires en Algérie de manière générale et particulièrement au sein de notre secteur, et ce, si l’on se réfère aux besoins des assureurs dans ce domaine précis. Ce profil reste, à mon sens, relativement méconnu comparé à d’autres. Il faut donc former plus d’actuaires pour bien encadrer le marché des assurances.

Le déficit d’actuaires impacte le marché et les compagnies d’assurances par :

  • Une tarification incorrecte et souvent menaçante pour les équilibres des compagnies d’assurance ;
  • Un niveau de provisionnement des sinistres non contrôlé et souvent très faible face au coût réel ;
  • Une mauvaise gestion des risques financiers et des risques de souscription.

Certaines sociétés font fi des exigences actuarielles. À ma connaissance, il n’y a pas eu de sanctions prononcées contre ces sociétés pour des dépassements en rapport à la non-conformité à ces exigences. Et lorsque des sanctions sont prises, elles ne sont pas rendues publiques pour donner l’exemple et dissuader ceux qui tentent de passer outre ces exigences. Par ailleurs, les actuaires actifs au sein du marché sont majoritairement des salariés des sociétés d’assurances, donc soumis à leur hiérarchie et n’ont aucune indépendance, ce qui fait qu’ils doivent s’inscrire dans la politique managériale de leurs employeurs. Tant que le nombre des actuaires actifs n’est pas constitué majoritairement par des actuaires libéraux (qui travaillent pour leur propre compte), leur rôle et leur influence resteront très limités.

Il faut nécessairement recourir aux actions suivantes :

  • Mettre en place un cadre réglementaire encadrant la fonction d’actuaire, inspiré des exigences de l’association internationale des actuaires,
  • Une formation initiale de haut niveau et suivant la de- mande du secteur financier, qui doit avoir aussi un caractère continu pour s’adapter aux évolutions et aux changements enregistrés par la profession,
  • Une association nationale des actuaires indépendante et active jouant pleinement son rôle vis-à-vis des différentes parties prenantes du marché des assurances et normalisant la fonction, en tenant compte des standards internationaux en vigueur,
  • Le régulateur doit exiger une certification de la suffisance des provisions techniques par des actuaires agréés, afin de créer le besoin de recourir à ces derniers,
  • -Instaurer un agrément des actuaires par leurs paires de l’association des actuaires algériens, afin d’éviter de dévaloriser la fonction.

Les problèmes liés à la formation des actuaires en Algérie sont essentiellement dus au fait qu’elle est restée forte- ment basée sur les modèles théoriques et ne s’approche pas des problèmes majeurs des compagnies d’assurance. Je cite, à ce titre, le problème du provisionnement ou encore celui de la mise en place des tarifs corrects, sa- chant qu’il s’agit là de leur mission essentielle. A ma connaissance, il y a quelques initiatives qui vont dans le sens de l’amélioration de la qualité de la formation mais je pense qu’il faut impliquer l’association des actuaires, les assureurs et l’autorité de contrôle dans ce processus pour être plus efficace.

L’activité actuarielle pourra contribuer à améliorer l’inclusion financière par un calcul précis des tarifs et des provisions techniques. Ceci rend les produits d’assurances plus accessibles, tout en protégeant les institutions financières, à travers un provisionnement correct et suffisant. Ce sont les seules conditions qui les protègeront contre les éventuels risques qui les menacent.

Je pense, effectivement, que la concertation des pouvoirs publics avec l’association des actuaires est indispensable pour développer le métier d’actuaire, d’une part, et per- mettre aux pouvoirs publics de profiter de cette profession pour un contrôle plus efficace des assureurs et pour plus de protection des assurés, d’autre part. Par ailleurs, les pouvoirs publics doivent recourir le plus possible à l’avis des actuaires dans la validation des états financiers des organismes d’assurances. Quant à l’association des actuaires, elle doit recourir aux normes internationales encadrant la fonction. Le cadre juridique doit être réformé en conséquence. Dans ce contexte, la nouvelle Loi sur les assurances étant en phase d’élaboration, pourrait introduire les dispositions et les nouveautés y afférentes.

Les principaux défis auxquels les actuaires algériens sont confrontés en matière de digitalisation, principalement, la difficulté d’accès aux applications et plateformes de modélisation et d’analyses de données de hautes performances, et la non-disponibilité des données fiables et détaillées au niveau des compagnies d’assurances.

Les institutions académiques peuvent préparer les actuaires à utiliser les technologies nouvelles en intégrant les modules nécessaires dans leurs formations théoriques et pratiques et en encourageant les travaux de recherches dans cette spécialité. En outre, la coopération et les échanges avec les institutions homologues des pays avan- cés dans ce domaine peuvent être un appui considérable à la maitrise de ces techniques par nos actuaires.

La protection des données est un grand défi pour tous les opérateurs impliqués dans la E-economie, mais le recours aux standards internationaux et aux applications de sécurité qui ont fait leurs preuves est inévitable. Dans ce sens, les actuaires doivent veiller à la stricte application des me- sures de la sécurité informatique mises en place par l’assureur employeur.

Comme l’exigent les principes de l’Association internationale des actuaires, un actuaire doit rendre ses services avec intégrité, habileté et diligence. En touchant à des questions très sensibles sur le plan financier et sur le plan stratégique dans sa mission, il doit se conformer à des normes éthiques strictes pour garantir le respect des droits des parties prenantes et la protection de l’intérêt public. Cette obligation devient plus cruciale avec l’utilisation des technologies numériques qui véhiculent des risques de sécurité des données sensibles des clients, d’une part, et des risques relatifs à leur diffusion illégale, d’autre part. Généralement, l’éthique est assurée par la promotion et le respect strict de certaines règles déontologiques contenues dans une charte d’éthique de la profession à travers une association. L’éthique, dans la fonction d’un actuaire, sera assurée par le respect des principes suivants :

  • Intégrité : Il est important de faire preuve de transparence, d’honnêteté et d’objectivité dans toutes les décisions et recommandations prises dans le cadre de son travail,
  • Confidentialité : Les actifs et les données confidentiels des clients doivent être protégés et utilisés uniquement à des fins professionnelles légitimes,
  • Compétence professionnelle : Un actuaire doit maintenir et améliorer en permanence ses compétences professionnelles afin de fournir des conseils et des recommandations précis et pertinents,
  • Conflit d’intérêts : Un actuaire doit identifier et gérer les conflits d’intérêts potentiels de manière éthique. Il est important d’éviter les situations où les intérêts personnels ou financiers peuvent influencer négativement les décisions professionnelles prises.

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