Mme Delort Dorothée, responsable au département Finance, Innovation et Compétitivité à la Banque Mondiale (BM) :
LA FEUILLE DE ROUTE POUR LE PAIEMENT NUMÉRIQUE PERMET D’AVOIR CETTE VISION NATIONALE
Mme Delort Dorothée, responsable au département Finance, Innovation et Compétitivité à la Banque Mondiale (BM), partage dans l’entretien qui suit son analyse des systèmes de paiement mis en place, en Algérie, des initiatives récentes et explique comment la création du Comité National des Paiements peut catalyser une transformation vers des transactions électroniques plus inclusives. Elle souligne également comment les expériences d’autres pays peuvent éclairer le chemin de l’Algérie, vers une modernisation efficace de son écosystème financier.
Revue de L’ASSURANCE : La Banque mondiale a participé à l’élaboration de la feuille de route pour les paiements numériques, en Algérie. Quelle est votre évaluation du système de paiement actuel en Algérie ?
Mme Delort Dorothée : Il existe déjà un certain nombre de bases solides, en Algérie : des systèmes de paiement solides, une nouvelle Loi sur la monnaie et le crédit qui va permettre l’innovation et des initiatives déjà entamées au niveau de certains ministères. Mais en même temps, il y a beaucoup de choses qui se passent ailleurs, mais pas encore en Algérie. En Inde, par exemple, tout le monde utilise les paiements électroniques. Les populations urbaines ou rurales, les hommes, les femmes et même les populations les plus pauvres sont passées à ce système de paiement. Au Brésil, un système de paiement instantané a été mis en place. Là encore, ce pays a vu immédiatement une progression très forte de l’inclusion financière. Nous pouvons égale- ment évoquer l’exemple de la Jordanie qui a réussi à faire décoller les transactions électro- niques permettant, ainsi, de faire reculer l’économie informelle et de constituer un historique de données qui permettrait d’accéder à d’autres services financiers, un crédit, une épargne, voire une assurance. Voilà, donc, quelques exemples que nous voulons citer. Et cela est possible, en Algérie.
Est-ce que notre écosystème est favorable à cette transition numérique ?
Pour l’instant, l’écosystème ne fonctionnait pas de façon cohérente et structurée, parce qu’il n’existait pas de vision structurée. Les banques faisaient des choses importantes, le GIE monétique et, par conséquent, l’infrastructure monétique, faisait des choses de son côté. Les Fin-techs apportaient également leur concours. Mais, il manquait cette vision nationale structurée qui devrait permettre d’avancer ensemble. Nous espérons qu’avec cette feuille de route, nous allons avoir cette vision nationale. Autre élément important : la mise en place du Comité National des Paiements. Aujourd’hui, avec ce Comité, nous pourrons organiser un forum où différents acteurs vont se parler et se coordonner. C’est ce qui manquait vraiment.
En quoi consiste l’apport de la Banque Mondiale dans l’élaboration de la feuille de route ?
La feuille de route pour le paiement numérique a été préparée par la Banque Mondiale, conjointe- ment avec le Fonds monétaire arabe, durant la période 2023/2024. Nous avons établi le diagnostic. Nous avons ainsi évalué ce qui est mis en place, en Algérie, par rapport à tout ce que nous connaissons des meilleures pratiques à l’international (ce qui marche le mieux dans d’autres pays). C’est à la lumière de tout cela que nous avons formulé des recommandations. En outre, nous appuyons la Banque Centrale ainsi que des ministères avec de l’assistance technique. Donc, il y a des possibilités d’appui de la Banque Mondiale et ce, bien sûr, à la demande des autorités algériennes.
L’Algérie n’a pas encore mis en place l’Open-Banking. Quelles conditions seraient nécessaires pour que cela se réalise ?
De nombreux pays, comme le Brésil, ont tiré parti de l’Open-Banking. Tout d’abord, il faut un cadre juridique, car l’Open-Banking implique l’accès aux don- nées des clients, qui doivent pouvoir retirer leur consentement, à tout moment.
Ensuite, l’Open-Banking repose sur des API (Application Programming Interfaces). Les banques, qui dé- tiennent actuellement les données, doivent per- mettre l’accès à ces informations via des API. Cela nécessite des protocoles clairs sur la façon de de- mander et de récupérer ces données, garantissant ainsi une traçabilité adéquate. Troisièmement, une gouvernance solide est essentielle pour définir les règles du jeu. Dans d’autres pays, cette gouvernance inclut des représentants des régulateurs, des superviseurs et des acteurs du secteur. Pour l’Algérie, il est crucial d’établir des standards clairs et une gouvernance efficace. Il est également important de renforcer la sécurité des systèmes. La protection du consommateur est primordiale : les clients doivent être informés des recours possibles, en cas de problème. Cela fait partie d’un cadre de protection nécessaire pour les services financiers dans le contexte de l’Open-Banking. Les questions de cybersécurité sont également cruciales, non seulement pour l’Open-Banking, mais aussi pour les fournisseurs de services de paiement (PSP), qui doivent respecter des normes minimales de résilience et de sécurité.
Est-il important d’adopter ce procédé ?
Absolument. C’est impératif, car de nombreux pays qui ont embrassé l’Open-Banking ont connu des avancées significatives, en matière d’inclusion financière. Les banques et d’autres fournisseurs pourront mieux servir les Très petites entreprises, les aider à se digitaliser et à accéder à de nouveaux marchés. Cela favorisera également la création d’emplois, notamment pour les jeunes. Pour l’Algérie, qui cherche à diversifier son modèle économique, cela représente une véritable opportunité.
Melissa Mokdad