M. Attia Habib, Chef de département au Fonds Monétaire Arabe, au sujet du paiement électronique :
LA FORMATION EN CONSTANTE ÉVOLUTION, FACE À UN MARCHÉ DE PLUS EN PLUS EXIGEANT
M. Attia Habib, Chef du département Appui technique et mobilisation des ressources au Fonds monétaire arabe (FMA), aborde, dans le présent entretien, les défis et les opportunités liés à l’adoption des systèmes de paiements numériques, en Algérie. Il met en avant les grandes lignes de la feuille de route sur le paiement numérique, élaboré en Algérie, partageant une vision optimiste sur la mobilisation des parties prenantes et sur l’évolution des pratiques de ce mode de paiement dans notre pays.
Revue de L’ASSURANCE : Le Fonds monétaire arabe a contribué à l’élaboration d’une feuille de route pour le paie- ment numérique, en Algérie. En quoi consiste-t-elle ?
M. Attia Habib : Le Fonds monétaire arabe (FMA) a élaboré une feuille de route pour le paiement numérique, en Algérie, à la demande des autorités, notamment le ministère des Finances, en collaboration avec la Banque centrale et le GIE Monétique. Cette initiative vise à évaluer l’état actuel du système de paiement numérique, à identifier les obstacles et les opportunités, puis à définir une feuille de route nationale impliquant l’ensemble des acteurs de l’écosystème. Au cours de l’année et demie d’évaluation, nous avons discuté avec toutes les parties prenantes, en nous concentrant sur les freins à l’adoption des paiements numériques. La forte culture du cash et le manque d’éducation financière sont des défis majeurs. La feuille de route ne se limite pas à la Banque centrale ou au ministère des Finances, bien qu’il représente 90% du marché avec les banques publiques. Elle est structurée autour de cinq piliers principaux :
- Réglementation : Le rôle du régulateur.
- Innovation : Encourager les acteurs à développer des systèmes de paiement adaptés aux consommateurs.
- Dynamique du marché : Améliorer l’acceptation des moyens de paiement.
- Paiements de grande masse : Se concentrer sur les paiements gouvernementaux pour dynamiser la chaîne de valeur.
- Open Banking : Exploiter les données pour diversifier leur utilisation, notamment dans l’évaluation des risques et la distribution des crédits.
Cette feuille de route est également conçue pour assurer une coordination efficace entre tous les acteurs impliqués. Un mécanisme de coordination a été mis en place avec le ministère des Finances et la Banque centrale, sous l’égide du Comité national des paiements établi par la loi. Je suis convaincu et confiant que tous les éléments sont en place pour accélérer ce processus.
Avez-vous fixé une échéance, pour la mise en œuvre de cette feuille de route ?
On ne peut pas dire qu’il y a une seule échéance. La mise en œuvre de la feuille de route va être échelonnée dans le temps et selon les domaines. On va devoir définir les priorités, à court et à long termes. Et puis, il y a toute la définition des actions qui seront mises en place. Et naturelle- ment, il y aurait, comme je le disais, un mécanisme de coordination avec différents groupes de travail sur le plan technique et, puis, ça remonte à un comité de pilotage et, enfin, au Comité national des paiements.
Comment cette feuille de route va être appliquée dans le secteur des assurances ?
En effet, il y a deux volets à considérer. Pour l’instant, nous nous concentrons sur les paiements. Les assurances jouent également un rôle crucial dans ce domaine, étant de grands payeurs et utilisateurs de services financiers et de paiement. Dans un second temps, comme mentionné dans la feuille de route, nous viserons la digitalisation non seulement des paiements, mais aussi d’autres services financiers tels que les crédits, l’épargne, les assurances et les transferts internationaux. Les compagnies d’assurance sont, donc, directement concernées. D’ailleurs, lors de cette conférence, nos partenaires de l’Union algérienne des sociétés d’assurances et de réassurance (UAR) se sont engagés à collaborer avec nous.
Quelle est la démarche à suivre, selon vous, pour que l’Algérie puisse accélérer le processus du paiement numérique ?
Tout dépend de l’angle sous lequel on aborde le problème. Je pense qu’il est essentiel de se concentrer sur l’adoption des systèmes de paiements numériques. Cela se divise en deux aspects : le rôle des autorités comme catalyseur et l’importance d’un cadre légal favorable. En Algérie, la nouvelle Loi monétaire et bancaire permet l’émergence de nouveaux acteurs, notamment les prestataires de services de paiement (PSP), en plus des banques qui, auparavant, étaient les seules à offrir des services de paiement. Cela devrait dynamiser le marché, soutenu par l’innovation. Les moyens de paiement traditionnels ne correspondent plus aux réalités économiques actuelles. Nous assistons à un passage vers une économie numérique où le commerce électronique prend une place prépondérante. Pour développer ce secteur, il est crucial de repenser les mécanismes de paiement, impliquant non seulement les banques, mais aussi des acteurs comme les Fintechs et Insurtechs qui apportent des solutions technologiques innovantes. Il est également nécessaire que les régulateurs s’adaptent à cette ère digitale, notamment en ce qui concerne la connaissance du client (Know Your Customer -KYC-), un enjeu-clé dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Ouvrir le marché, sans outils adéquats pour gérer ces risques, est difficile. En Algérie, nous disposons déjà d’infrastructures solides, notamment avec l’identité digitale, qui pourrait servir de point d’entrée dans le secteur financier. Cette base devrait être développée pour aller au-delà du KYC, en intégrant des aspects tels que la supervision, la technologie de la supervision, l’open-banking et la réglementation.
L’Algérie s’est dotée d’une nouvelle Loi monétaire et bancaire. Pensez-vous que ce cadre réglementaire et législatif favorisera la promotion du paiement numérique dans la sphère financière ?
Absolument, l’Algérie a les fondements juridiques nécessaires pour avancer plus vite en matière de paiement numérique. Avant, la Loi bancaire de 1990, révisée en 2003, ne donnait pas à la Banque centrale l’ouverture juridique et législative pour qu’elle puisse agir. Je pense qu’aujourd’hui, toutes les ouvertures sont là. Personnellement, je suis très content que cette loi puisse être votée. Mainte- nant, tout le travail à faire, c’est sur la partie opérationnelle.
Melissa Mokdad